Le Pont

La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie. – Hannah Arendt

Energies : les dernières nouvelles de demain (Juin 2026)

Sylvain Hercberg*

Le cours du pétrole est revenu dans la zone des 70-75 $ le baril. La négociation entre les Etats-Unis et l’Iran a conduit à une réouverture partielle du détroit d’Ormuz par où passait avant la guerre environ un cinquième de la consommation mondiale de pétrole ; de plus, cet accord est peut-être l’amorce d’une réponse sur les questions liées aux impacts de l’action de l’Iran : ralentissement de l’économie dans le monde, inflation, et bien entendu menaces nucléaire et balistique. Il n’en demeure pas moins que les incertitudes demeurent : impacts à court terme, en particulier sur les prix et sur les quantités disponibles aussi bien pour le pétrole que pour le gaz, et impacts à long terme du fait de la durée nécessaire à la remise en état des installations endommagées ou partiellement détruites (Arabie, Qatar, Emirats, Koweït, Irak, Oman). La durée d’un retour à la « normale » est encore incertaine : les navires quittent le golfe persique, mais peuvent-ils y retourner pour le remplissage ? la production sera-t-elle suffisante ou le nombre de puits actifs a-t-il diminué de façon significative ? les capacités de raffinage de la région sont-elles massivement endommagées et, si oui, est-il possible de leur substituer des installations nouvelles dans d’autres régions du monde (on pense à l’Asie et à l’UE) ? la diversification des sources de brut (Libye, Nigeria, …) peut-elle permettre de prendre le relais en termes de quantités ?

Rappelons que l’énergie est un levier d’action dans les négociations internationales commerciales et politiques. Ainsi, l’Inde entend réduire ses importations de pétrole russe pour améliorer sa relation avec les Etats-Unis ; l’UE, consciente de sa dépendance et de la volatilité des prix, entend réduire ses importations de ressources fossiles ; de plus en plus de pays souhaitent, pour leur politique climatique et pour la sécurité d’approvisionnement, pouvoir s’appuyer sur le nucléaire et les renouvelables, encore faut-il mettre en place les bonnes conditions pour le financement du nucléaire ainsi qu’une politique d’approvisionnement et de raffinage de minéraux qui n’aboutisse pas à amplifier une dépendance bien identifiée. La nouvelle situation mondiale, qui avait commencé à se mettre en place depuis quelques années, apparaît progressivement au grand jour : stratégie anticipée ou saisie des opportunités ? il est trop tôt pour le dire mais sans doute un peu des deux. Et l’imbrication des enjeux à court terme et à long terme est plus que jamais d’actualité, même si une première décantation semble en cours en même temps que les tendances lourdes se confirment. L’énergie est bien au cœur des tensions internationales, et les intérêts guident la définition par les Etats d’une politique de l’énergie cohérente avec leurs intérêts, définition qui n’est pas exempte de contradictions dans la volonté de mettre en valeur les atouts nationaux pour limiter les risques et pour prendre position dans la compétition mondiale ; la sécurité d’approvisionnement en énergie est centrale et guide les stratégies d’investissement.

Dans un récent rapport, l’Agence Internationale de l’Energie montre une évolution importante de la perception des risques par les Etats et la recherche d’une réaction par la diversification et par, autant que faire se peut, la mise en valeur des ressources énergétiques dont ils disposent. Ainsi, les investissements pourraient augmenter mais de façon limitée en 2026, pour atteindre 3400 milliards $, se partageant entre 2/3 pour l’électricité (électrification, renouvelables, nucléaire, stockage, réseau, … charbon) et 1/3 pour les fossiles (ralentissement pour le pétrole en dehors du Moyen-Orient, augmentation pour le gaz naturel poussée par les installations de GNL, et relative stabilité pour le charbon).

Le sommet du G7 s’est en partie consacré à la sécurité de l’approvisionnement en énergie et à la réduction des dépendances, précisant les principaux objectifs à atteindre : réduction de la  dépendance à un fournisseur unique extérieur au G7 pour les terres rares et les aimants permanents à moins de 60 % d’ici 2030, avec un objectif ultérieur de 50 % ; mobilisation accrue des banques multilatérales de développement et appel aux institutions de financement et organismes de crédit à l’export pour coordonner leurs actions sur les minerais critiques ; poursuite des discussions sur les mécanismes de marché (quotas, prix planchers, mécanismes de stabilisation des revenus, achats conjoints) ; mise en place de mécanismes harmonisés de traçabilité, d’abord pour le lithium et le nickel, puis pour cinq nouveaux minerais par an, en priorité les terres rares ; lutte contre le travail forcé dans l’extraction minière ; constitution de stocks par le développement de capacités nationales de stockage et création d’un mécanisme d’alerte sur les tensions de marché et sur les ruptures d’approvisionnement ; engagement à augmenter fortement la capacité de recyclage collective du G7 d’ici fin 2030 ; création d’une alliance non contraignante et ouverte à des partenaires pour la résilience et la production de minerais critiques.

Citons, pour illustrer la situation présente :

  • La restructuration des flux d’hydrocarbures des Etats-Unis vers l’Europe et vers l’Asie.
  • La pression sur la Chine et son économie, très dépendante des importations en provenance d’Iran, et qui a probablement fait appel aux stocks constitués depuis plusieurs années pour limiter la hausse du prix du pétrole. Et elle poursuit l’approfondissement de sa relation avec la Russie et la construction de nouvelles infrastructures.
  • La montée en puissance de producteurs de pétrole déjà présents : Brésil, Canada, Guyana, Argentine, Venezuela, exportations de Bakou via la Turquie, … 
  • L’accélération des discussions entre le Canada et l’Inde et entre le Canada et le Mexique aussi bien sur les hydrocarbures que sur les minerais.
  • La sortie des Emirats de l’OPEP+, pour des raisons de différentes natures (politique régionale, manque de soutien des Etats voisins face aux attaques iraniennes, désaccords avec le leadership de l’Arabie saoudite) que l’on pouvait anticiper (on a signalé voici plusieurs mois dans cette rubrique les désaccords au sein de l’OPEP+ sur les quotas de production) ; cette situation, quand bien même les Emirats entendent respecter leurs engagements jusqu’au cessez-le-feu, affaiblit l’OPEP+.
  • Le renforcement pendant ces derniers mois du poids relatif de la Russie.
  • La poursuite des débats sur l’augmentation de la production de pétrole en Mer du Nord.
  • L’annonce toute récente de la Norvège de remettre en exploitation plusieurs gisements de gaz et de pétrole dans les toutes prochaines années.
  • L’intérêt pour l’exploitation des ressources arctiques, pour le moment plus politique que concrétisé par l’investissement, et, plus largement, pour le forage en eaux profondes (Chine, Japon, Royaume-Uni, Etats-Unis, …).
  • Le développement du marché des véhicules électriques (30% des ventes) et du marché des batteries, qui profite largement à la Chine.
  • La place encore plus centrale des Etats-Unis dans le « système énergie » du monde, conforme aux annonces de l’administration Trump : exploitation des ressources conventionnelles et non conventionnelles, investissements dans les infrastructures de liquéfaction du gaz et de raffinage du pétrole, contribution croissante à la satisfaction des besoins de nombreux pays, par exemple en exportant du LNG, accélération des efforts en faveur du nucléaire.

 

Pétrole, gaz, et fossiles

Pétrole

Comme il est dit plus haut, le prix du pétrole semble s’établir maintenant dans la zone autour de 70-75 $ le baril. Les deux derniers mois ont été marqués par de nombreuses annonces consécutives à la guerre au Moyen-Orient, ainsi qu’à des décisions liées aux contraintes issues de la destruction d’installations, aux inquiétudes sur l’économie, aux mesures destinées à limiter autant que faire se peut les conséquences de la guerre et de la fermeture du détroit d’Ormuz. Citons notamment :

  •  L’augmentation du prix du baril au-delà de 100 $ jusqu’au milieu du mois de juin.
  • La baisse des stocks disponibles dans les pays producteurs, suite à des destructions d’installations, et des volumes stockés dans les pays importateurs non compensés par une augmentation significative des exportations des Etats-Unis soucieux de ne pas trop augmenter le prix des carburants pour les Américains.
  • L’atténuation des sanctions visant la Russie afin de limiter la hausse du prix du baril.
  • L’annonce de l’augmentation de la production par l’OPEP+ (200000 baril/jour) assurée principalement par l’Arabie, qui doit développer son système d’oléoducs pour exporter en évitant le détroit d’Ormuz.
  • La prise de conscience de la nécessité de nouvelles installations de raffinage aux Etats-Unis comme en UE.
  • La recherche de coopérations nouvelles : Japon et Corée du Sud pour le stockage et le raffinage ; Canada et pays d’Asie pour développer la production en Alberta ; UE et Canada pour réduire les importations de Russie.
  • Les incertitudes sur les horizons de temps : possible reprise des importations par la Chine, reprise massive de la production au Venezuela, assurabilité des pétroliers, remise en état des installations du golfe persique et du golfe d’Oman, réouverture complète du détroit d’Ormuz, retour au « bon niveau » de production de brut, voire excès de production.
  • Les pays du sud-est de l’Asie recherchent les leviers nécessaires à assurer leur sécurité d’approvisionnement et la diversification.

Il convient de noter que la demande de pétrole à moyen terme reste relativement stable du fait de la situation économique dans le monde, malgré la persistance du ralentissement économique dans plusieurs grands pays d’Asie, dont la Chine où le pic de la demande serait atteint en 2027 ; la demande augmenterait aux Etats-Unis et en Inde mais baisserait en UE. L’exploration et la mise en exploitation de nouveaux gisements est à l’ordre du jour : pétrole non conventionnel en Argentine, schistes bitumineux au Canada pour exporter vers la Chine et vers des pays visant la réduction de leur dépendance aux Etats-Unis pour le pétrole et le gaz, exploration en Méditerranée pour améliorer la sécurité d’approvisionnement de l’Europe ; exploration offshore au Brésil ; en même temps, comment la Russie va-t-elle gérer l’impact de la baisse du prix du baril qui suit une hausse qui lui a profité ?

 

Gaz

Les conséquences de la guerre sur le gaz sont apparues très vite : baisse de la production et inquiétude sur les exportations du Qatar, interrogation sur la reconstitution des stocks de l’UE en prévision du prochain hiver, incertitudes des experts sur la durée nécessaire pour la remise en état des installations notamment aux Emirats.

En même temps, les affaires continuent : compétition entre les pays d’Asie et les autres importateurs de GNL pour l’accès aux ressources, confirmation des investissements émiratis aux Etats-Unis sur la chaîne GNL, reprise possible des forages dans le grand nord par la Norvège. Et tout cela dans un contexte de volatilité des prix. Rappelons que le gaz est désormais un enjeu prégnant dans le monde, notamment pour la production d’électricité. Pour ce qui concerne l’UE, il serait utile de savoir comment les décisions prises en 2022 dans le cadre de RePower ont été suivies d’effet et sont bénéfiques à tous les Etats membres ; et de vérifier où en sont les importations de gaz russe dans le cadre de la politique de sécurité d’approvisionnement et de sécurité tout court, importations dont la fin annoncée est toujours 2027. Aux Etats-Unis, la demande augmente du fait de la demande d’électricité due à la multiplication des centres de calcul et de stockage des données ; les projets d’extraction sont nombreux et un mouvement de concentration semble en marche pour les compagnies exploitant le gaz non conventionnel. L’exportation dynamise le secteur, notamment vers l’Asie ; l’UE, dont la dépendance au LNG américain est identifiée, envisage de faire appel au Canada.

 

Charbon

Rien de nouveau pour ce qui concerne le charbon : la demande est relativement stable. La production d’électricité avec des centrales à charbon augmente (Inde et Asie du Sud-Est) mais pourrait baisser d’ici 2030, elle nécessite de développer les capacités de transport. La Chine entend réduire la production d’électricité dans des centrales à charbon, mais poursuit la construction de nouvelles centrales tout en envisageant de déplacer certaines industries lourdes vers des zones dites low carbon.

Le captage et le stockage du carbone sont régulièrement évoqués mais les projets sont considérés pour la plupart comme trop chers.

 

Maîtrise du changement climatique et marché du CO2

Rien de bien nouveau après l’accord concluant la COP30 et sachant qu’un tiers des Etats n’ont pas présenté leurs engagements ni leurs nouveaux objectifs alors que cette obligation avait été un apport majeur de l’accord de Paris de 2015. La Chine maintient son objectif de réduction de l’intensité carbone ; l’ajustement carbone aux frontières (CBAM), reste une source de tensions. Et plusieurs Etats membres de l’UE (notamment Pologne, République tchèque, Roumanie) s’interrogent sur une possible baisse du coût du carbone pour compenser la hausse du coût des énergies fossiles et préserver l’industrie lourde.

 

L’électricité et le nucléaire

L’électricité est le vecteur énergétique de demain ; la demande liée aux data centers, à l’IA et à l’air conditionné se compte en milliers de TWh. Il ne faut oublier ni l’industrie ni la mobilité électrique ; et il convient de prendre la mesure de l’augmentation de la demande dans les pays émergents. La consommation des centres de données pourrait être entre 700 et 1700 TWh en 2035 pour l’ensemble Etats-Unis, Chine et UE.

Les enjeux portent sur l’ensemble du système électrique (production, transport, distribution) et sur les « règles du jeu » du fonctionnement des marchés de l’électricité : il s’agit de donner suffisamment de visibilité aux acteurs publics et privés pour optimiser les réalisations concrètes d’infrastructures, et cela en considérant le coût complet de l’électricité intégrant dans le raisonnement la maîtrise du changement climatique et le coût des différentes options technologiques ; il s’agit de fixer au mieux le prix pour les consommateurs tout en préservant la réalisation des investissements nécessaires. Les projets de renforcement des réseaux se multiplient afin de garantir la sécurité d’approvisionnement et accueillir la production des renouvelables intermittentes.

Les annonces se multiplient :

  • Inde : la demande pourrait augmenter de 6 à 7% par an dans les prochaines années soit plus 3500 TWh d’ici 2030. Le développement du réseau est urgent et le stockage pourrait recevoir le soutien de l’Etat afin de réduire l’augmentation de la production d’électricité par des centrales à charbon.
  • Le Royaume-Uni doit rapidement développer les réseaux et la crainte d’un blackout grandit. Plusieurs sujets de débats sont abordés : le bon niveau des renouvelables intermittentes, le stockage par des batteries en réseau, le niveau des échanges avec le continent, l’organisation du marché de l’électricité.
  • Pour l’UE, le prix de l’électricité est un sujet majeur ; rappelons le rapport Draghi qui mentionne la nécessité de s’intéresser au coût complet du MWh concrétisé par le prix payé par le consommateur. Le moment semble venu de réfléchir au devenir du marché européen de l’électricité pour intégrer, dans un souci d’optimisation, toutes les composantes du coût. La Commission semble en prendre conscience, notamment pour ce qui concerne le développement du réseau et des interconnexions pour que le développement des renouvelables intermittentes ne soit pas freiné par des goulets d’étranglement : est-ce le fait d’une dynamique à l’œuvre depuis longtemps ou un moyen de prendre la main sur la politique de l’énergie des Etats membres ?
  • La Chine continue la construction de centrales à charbon et entend poursuivre le développement des renouvelables pour stabiliser les émissions de CO2.
  • Aux Etats-Unis, le prix de l’électricité augmente deux fois plus vite que l’inflation ; des investissements massifs sont nécessaires, aussi bien pour la production que pour le réseau, sachant que la demande devrait augmenter de 25% entre 2023 et 2030.

Et rappelons la publication récente par l’AIE d’un rapport sur le design des marchés de l’électricité : besoins massifs d’investissement, nécessité de designs durables, renforcement des marchés à long terme indispensable pour donner la visibilité suffisante aux investisseurs.

 

Nucléaire

Le nucléaire doit prendre toute sa place ; depuis plusieurs mois, études et déclarations portent sur les enjeux et les efforts à faire sur tous les maillons de la chaîne de valeur, de la ressource en uranium au MWh, et les annonces de décision se multiplient. D’une façon générale, l’importance de la visibilité pour les acteurs afin de réduire les coûts par la mise en place de programmes sur la durée, et le soutien à la R&D pour l’arrivée à maturité de nouvelles technologies pour la production d’électricité, pour le dessalement et pour le chauffage urbain sont des convictions partagées. Il est clair que la compétition qui s’intensifie entre les fournisseurs de réacteurs va durer.

Les SMR sont maintenant bien présents dans les débats : choix des technologies, préparation des licences… :

  • Afrique : manifestation croissante d’intérêt dans plusieurs pays
  • Arménie : avec le soutien des Etats-Unis
  • Canada : développement de SMR pour la chaleur industrielle
  • Chine : conception de SMR de petite taille (MMR), mobiles et transportables
  • Etats-Unis : la NRC ayant donné son accord, plusieurs SMR devraient être en service en 2030 ; des SMR à sels fondus sont à l’étude pour la propulsion navire, ainsi que des SMR et MMR de quelques MW transportables pour les bases militaires
  • Ouzbékistan : avec le soutien des Etats-Unis
  • République tchèque : SMR et MMR en collaboration avec le Canada
  • Royaume-Uni : premier contrat, avec un apport financier public, et avec sous-traitance à la Corée du Sud pour une partie de la métallurgie
  • Suède : SMR pour 1400 MW à terme

Les grands réacteurs de puissance et la chaîne de valeur sont également objets d’annonces :

  • Canada : 100 milliards $ seront consacrés à la construction de 10 réacteurs, contribuant à répondre à la demande d’électricité qui pourrait doubler de 2025 à 2050.
  • Etats-Unis : le débat sur le financement se poursuit ; et les premiers projets de SMR sont en voie de se concrétiser.
    • Le DOE a décidé de soutenir le nucléaire avec 17 milliards $ dont 2,7 milliards$ pour l’enrichissement de l’uranium afin de s’affranchir complètement de la Russie ; cela entre dans le cadre de l’action du DOE et du DOD pour la maîtrise de tous les maillons de la chaîne.
    • 10 AP1000 devraient être en construction en 2030
    • Projets de centrales pour les électro-intensifs.
    • Les investissements pour le combustible et l’enrichissement visent toujours à moins dépendre de la Russie.
  • Japon : le redémarrage de plusieurs centrales est toujours d’actualité.
  • Inde : objectif : 22 GW en 2032 et 100 GW de nucléaire en 2047 (8 GW aujourd’hui) financés par des partenariats public-privé avec coopération avec la France.
  • Russie : 600 MW devraient être opérationnels en Arctique en 2035.
  • Vietnam : accord pour la construction de 2 VVER 1200 russes.
  • UE :
    • Pologne : la construction de réacteurs avec le soutien des Etats-Unis est maintenant clairement décidée.
    • Retour de l’intérêt pour le nucléaire : Espagne, Belgique (où l’Etat pourrait reprendre l’exploitation des centrales existantes), Italie, Pays-Bas.
    • Un changement des règles pour conclure un CfD est perçu comme un soutien implicite aux renouvelables : durée du contrat ramené de 60 à 40 ans, rémunération basée non plus sur la production mais sur la disponibilité pour gérer l’intermittence.
    • Réaffirmation de l’objectif de ne plus importer d’uranium enrichi de Russie.
    • La Corée du Sud poursuit sa prospection en vue de construire des APR1400.
    • France : la PPE3 est maintenant adoptée, avec un objectif de production nucléaire de 380 à 420 TWh par an ; elle intègre la construction de 6 EPR et plus, et de SMR (exportables notamment vers le centre et l’est de l’Europe pour le chauffage urbain). La nécessité d’accélérer l’électrification de l’économie est désormais une priorité affichée.

 

Vers la transition énergétique : poursuite de la montée des enjeux internationaux

Rappelons la parution toute récente de la dernière édition de l’Energy Technology Perspectives de l’AIE : développement rapide des énergies émettant peu de carbone, développement des véhicules électriques, croissance de la production d’électricité par les renouvelables (PV, éoliennes), utilisation des batteries. Bien entendu, nous dit l’ETP, tout dépend des décisions politiques et des règles en place. Les pays émergents constituent des marchés en pleine croissance pour les produits de Chine pour la mobilité et la production d’électricité, et ils se positionnent sur la fabrication des équipements nécessaires pour eux-mêmes et pour les pays développés où le coût de l’énergie et le coût du travail limitent leur compétitivité.

A noter l’importance de la résilience des chaînes de fabrication et celle de la R&D. Dans le contexte actuel et sans doute pour encore un moment, la Chine reste leader : vente de produits manufacturés aux pays émergents, concentration de la production des composants issus notamment du raffinage des terres rares et des matériaux, avance technologique consolidée par exemple pour le PV face aux Etats-Unis ou à l’Inde, règles financières favorables par exemple par rapport à l’UE pour ce qui concerne l’investissement ; encore faut-il noter une interrogation récente sur la surproduction de panneaux PV en Chine, même en considérant le marché mondial, et ses conséquences possibles sur l’économie chinoise.

Ces analyses convergent avec les évolutions récentes :

  • Articulation de l’industrie du PV avec celle des batteries :
    • Chine : développement visant le transport routier de marchandises, et montée en puissance sur le recyclage.
    • Etats-Unis : accélération de la fabrication de batteries en collaboration avec la Corée du Sud et en expérimentant de nouvelles technologies.
    • UE : combinaison de la production intermittente et du stockage, mais progression lente sur la production de batteries, tout en envisageant de passer du lithium au silicium pour ne pas dépendre de la Chine.
  • La Chine vise la production de petites voitures électriques moins chères pour le Japon et l’UE, et l’exportation de composants aux fabricants européens de VE. Elle développe par ailleurs la charge rapide.
  • Les constructeurs européens d’automobiles visent un niveau de 70% de production en UE des VE ; cela sera-t-il concrétisé, faut-il une taxe pour compenser la différence de coût du travail ?

 

Terres rares et matières premières

Annonces, prises de position et négociations se poursuivent :

  • Etats-Unis : il s’agit de reprendre la maîtrise et de réduire la dépendance à la Chine :
    • Décisions du Sénat pour sécuriser l’accès aux minerais.
    • Le DOD investit dans la production de gallium.
    • Constitution d’un stock de minéraux critiques.
    • Investissements au Canada, en particulier pour le lithium.
    • Accord Etats-Unis Afrique du sud pour l’exploitation de gisements de terres rares.
  • Japon : accord avec l’Australie sur les terres rares ; l’exploitation des ressources du fond des océans est un centre d’intérêt, elle nécessite la mise au point de technologies.
  • Chine : les terres rares restent un levier dans le cadre des négociations commerciales avec les Etats-Unis ; à noter que tension sur les approvisionnements en cobalt de RDC
  • Amérique latine : la compétition s’accentue pour accéder aux ressources, notamment au Brésil et en Argentine.
  • Hausse des prix du cuivre et de l’aluminium pour partie due à la guerre au Moyen-Orient.
  • Annonces de l’Arabie, du Qatar et des Emirats portant sur le développement local des activités d’extraction et de raffinage, et sur leur financement dans le monde.
  • L’UE entend constituer des stocks de métaux et de terres rares et diversifier les sources pour faire face aux risques géopolitiques. Ce qui peut offrir un champ de développement à l’industrie française si les compétences historiques sont toujours présentes ou peuvent être reconstituées, aussi bien pour l’extraction et le raffinage que pour le recyclage.

 

Hydrogène

Les perspectives se réduisent faute de développement du marché sauf peut-être en Asie où la Chine entend prendre une position dominante sur la fabrication d’électrolyseurs.

L’Inde annonce la production d’hydrogène avec la chaleur d’un RNR.

 

*ancien de la direction de la Stratégie, EDF

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