Energie : les dernières nouvelles de demain (avril 2026)
Sylvain Hercberg*
Ce sont bien entendu la guerre au Proche-Orient et ses impacts qui retiennent l’attention, et sans doute pour encore un long moment ; impacts à court terme, en particulier sur les prix et sur les quantités disponibles aussi bien pour le pétrole que pour le gaz, et impacts à long terme du fait de la durée nécessaire à la remise en état des installations endommagées ou partiellement détruites (Arabie, Qatar, Emirats, Koweït, Irak, Oman) , une fois un cessez-le-feu en vigueur et respecté par toutes les parties. La crise a entraîné une rupture majeure sur le marché du gaz : volatilité des prix et augmentation forte pour les grands importateurs d’Asie et d’Europe liées à la réduction de plus de 20% des quantités de GNL disponibles. Et elle a entraîné une hausse significative du prix du pétrole que chacun peut suivre au jour le jour, nettement supérieur à 100 $ le baril, ainsi que des annonces encore plus élevées, de 120 à 150 $ le baril, faites par des acteurs financiers ; et cela malgré les mesures décidées par l’Agence Internationale de l’Energie pour libérer une partie des stocks (400 millions de barils) afin de limiter les possibles conséquences d’une pénurie durable. Le pétrole et plus largement les hydrocarbures donnent toujours le ton et déterminent une bonne partie du fonctionnement de l’économie : inflation, accès aux ressources disponibles, maîtrise ou non-maîtrise du coût de l’énergie par les gouvernements, … dont les conséquences politiques sont clés.
Et il convient, par ailleurs, de prendre conscience de la nouvelle situation mondiale qui avait commencé à se mettre en place depuis quelques années et qui apparaît progressivement au grand jour : stratégie anticipée ou saisie des opportunités, il est trop tôt pour le dire mais sans doute un peu des deux. Plusieurs événements récents démontrent une fois de plus l’imbrication des enjeux à court terme et à long terme. Une première décantation semble en cours en même temps que les tendances lourdes se confirment. L’énergie est bien au cœur des tensions internationales, et les intérêts guident la définition par les Etats d’une politique de l’énergie cohérente avec leurs intérêts, et cela dans un monde en pleine réorganisation ; cette définition n’est pas exempte de contradictions dans la volonté de mettre en valeur les atouts nationaux pour limiter les risques et pour prendre position dans la compétition mondiale. Plus que jamais, les investisseurs ont besoin de visibilité et de stabilité politique, les économistes s’interrogent sur la spéculation liée aux mesures prises pour réduire significativement les exportations russes et à la guerre, les stratèges s’inquiètent sur les horizons de temps du conflit entre les Etats-Unis et l’Iran et sur les impacts à long terme sur tout le Proche-Orient, …
Dans ce contexte, l’énergie est un levier d’action dans les négociations internationales commerciales et politiques : à titre d’illustration, l’Inde qui réduit sa dépendance au pétrole russe pour améliorer sa relation avec les Etats-Unis et qui renforce sa relation avec l’UE et la France. Et la réduction de la dépendance de l’UE aux importations de ressources fossiles prend encore plus d’importance, sachant les chocs possibles et la volatilité des prix qui résultent des affrontements au Proche-Orient ; la politique climatique et la sécurité d’approvisionnement doivent pouvoir s’appuyer sur le nucléaire et les renouvelables, encore faut-il mettre en place les bonnes conditions pour le financement du nucléaire ainsi qu’une politique d’approvisionnement et de raffinage de minéraux qui n’aboutisse pas à amplifier une dépendance bien identifiée.
Citons, pour illustrer :
- La restructuration des flux d’hydrocarbures des Etats-Unis vers l’Europe et vers l’Asie.
- La pression sur la Chine et son économie, très dépendante des importations en provenance d’Iran, et qui est peut-être sur le point de faire appel aux stocks qu’elle a constitués depuis plusieurs années. Et il convient de noter l’approfondissement de sa relation avec la Russie, alors que des infrastructures clé sont encore en construction.
- La montée en puissance de producteurs déjà présents : Brésil, Canada, Guyana, Argentine, Venezuela, exportations de Bakou via la Turquie, … ; l’accélération des discussions entre le Canada et l’Inde et entre le Canada et le Mexique aussi bien sur les hydrocarbures que sur les minerais.
- La sortie des Emirats de l’OPEP+, pour des raisons de différentes natures (politique régionale, manque de soutien des Etats voisins face aux attaques iraniennes, désaccords avec le leadership de l’Arabie saoudite) que l’on pouvait anticiper (on a signalé voici plusieurs mois dans cette rubrique les désaccords au sein de l’OPEP+ sur les quotas de production) ; cette situation, quand bien même les Emirats entendent respecter leurs engagements jusqu’au cessez-le-feu, affaiblit l’OPEP+ et renforce le poids relatif de la Russie, dopé par ailleurs par le prix du baril.
- La poursuite des débats sur l’augmentation de la production de pétrole en Mer du Nord.
- L’annonce toute récente de la Norvège de remettre en exploitation plusieurs gisements de gaz et de pétrole dans les toutes prochaines années.
- L’intérêt pour l’exploitation des ressources arctiques, pour le moment plus politique que concrétisé par l’investissement, et plus largement pour le forage en eaux profondes (Chine, Japon, Royaume-Uni, Etats-Unis, …).
- La place encore plus centrale des Etats-Unis dans le « système énergie « du monde, conforme aux annonces de l’administration Trump : exploitation des ressources conventionnelles et non conventionnelles, investissements dans les infrastructures de liquéfaction du gaz et de raffinage du pétrole, contribution croissante à la satisfaction des besoins de nombreux pays, par exemple en exportant du LNG bon marché et flexible comme c’est déjà le cas vers l’UE et vers plusieurs pays d’Asie.
Pétrole, gaz, et fossiles
Pétrole
Le prix du pétrole semble s’établir maintenant dans la zone autour de 100 $ le baril. La demande de pétrole reste relativement stable du fait de la situation économique dans le monde, malgré la persistance du ralentissement économique dans plusieurs grands pays d’Asie, dont la Chine où le pic de la demande serait atteint en 2027 ; la demande augmenterait aux Etats-Unis et en Inde mais baisserait en UE. Cette perspective est-elle durable ? Comme mentionné plus haut, plusieurs réalités s’imposent :
- Pour le moment, la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran fait sentir tous ses effets : hausse des prix, vulnérabilité accrue des pays émergents (mesures d’urgence décidées en Egypte et aux Philippines), mais alors, quelle sera la réaction de la Chine à moyen terme et quel sera la conclusion du sommet entre le Président des Etats-Unis et le Numéro 1 chinois, un accord d’ensemble pour une durée limitée ou un modus vivendi de plus longue durée ?
- Les Etats-Unis parient sur le Venezuela qui possèdent des réserves considérables mais dont la production a été divisée par 4 pendant la présidence Maduro ; des investissements massifs sont nécessaires pour remettre la production à un haut niveau, nouveaux puits, infrastructures, … ; mais les compagnies américaines restent réticentes et l’on peut se demander si les Etats-Unis vont renouveler leurs stocks au prix actuel, développer la production non conventionnelle suffisamment pour satisfaire les exploitants de ce pétrole non conventionnel ou ne pas pouvoir le faire à un niveau permettant aux Etats-Unis de compenser la réduction de leurs importations du Proche-Orient.
- A noter que l’AIE a préconisé que les pays importateurs ne surstockent pas et que les producteurs ne restreignent pas les exportations, encore faut-il que la situation des affrontements dans le Golfe le permette. Et cela alors que la production de l’OPEP+ s’est fortement réduite (près de 10% en mars), notamment celle de l’Arabie saoudite.
- Comme signalé plus haut, l’exploration et la mise en exploitation de nouveaux gisements est à l’ordre du jour : pétrole non conventionnel en Argentine, schistes bitumineux au Canada pour exporter vers la Chine et vers des pays visant la réduction de leur dépendance aux Etats-Unis pour le pétrole et le gaz, exploration en Méditerranée pour améliorer la sécurité d’approvisionnement de l’Europe ; exploration offshore au Brésil ; en même temps, la pression semble s’accroître sur les Etats de l’UE : la Russie va-t-elle bloquer le pétrole du Kazakhstan exporté vers l’Allemagne ? Comment la Chine va-t-elle profiter de ses capacités de raffinage pour soutenir le monde (ou faire pression) ?
- Y a-t-il une opportunité pour développer significativement la production de carburants synthétiques, leur coût va-t-il se réduire pour leur offrir une marge de compétitivité, et quels pays sont-ils prêts à s’engager dans les investissements nécessaires ?
Gaz
Le gaz est désormais un enjeu encore plus prégnant dans le monde, notamment pour la production d’électricité. L’annonce de la réduction de production de GNL en mars au Qatar a fait augmenter les prix de plus du tiers en Europe (Belgique, Italie, Pologne, …) et en Asie (Asie du Sud-est, Taiwan) ; il est clair que cette évolution est un atout supplémentaire pour la production des Etats-Unis ; et il convient de mentionner que les négociations pour renouveler les stocks de gaz en prévision du prochain hiver ont commencé. Comment vont se répartir les futurs approvisionnements ? Achats italiens à l’Algérie ? Retour de l’exploitation en Mer du Nord ? Augmentation de la production de la Norvège ? Pression accrue des Etats-Unis sur l’UE ? Pour ce qui concerne l’UE, il serait utile de savoir comment les décisions prises en 2022 dans le cadre de RePower ont été suivies d’effet et sont bénéfiques à tous les Etats membres ; et de vérifier où en sont les importations de gaz russe dans le cadre de la politique de sécurité d’approvisionnement et de sécurité tout court.
En un mot, la situation de l’UE reste précaire et la Commission a conscience qu’il faut être prêt à des difficultés croissantes, sans doute moins en termes de quantités de ressources qu’en termes financiers.
Rappelons que la demande pourrait augmenter de 20% d’ici 2050, tirée en grande partie par la production d’électricité dans des centrales à cycle combiné en Asie et aux Etats-Unis. Les bénéficiaires pourraient être le Qatar, les Emirats et l’Australie ; les EAU, répondant à une demande des Etats-Unis, vont investir dans l’exploitation de gisements au Texas.
Les tendances signalées les mois précédents se maintiennent : poursuite d’une augmentation significative de la production du Léviathan ; accord entre les Etats-Unis et la Grèce pour l’exploration des possibles gisements offshore en mer Ionienne et limiter ainsi les ambitions turques ; fin annoncée de toute importation de gaz russe en UE en 2027; volonté de la Chine de développer sa consommation, en s’approvisionnant peut-être davantage dans le cadre de la BRI ; volonté du Canada de développer massivement sa production pour sa consommation intérieure, pour les exportations, et pour la gestion des tensions avec les Etats-Unis, sans oublier son objectif de devenir le deuxième exportateur mondial à l’horizon 2050. Des installations flottantes pour la chaîne LNG pourraient se développer (Argentine, Mozambique, …).
Aux Etats-Unis, la demande augmente du fait de la demande d’électricité due à la multiplication des centres de calcul et de stockage des données ; les projets d’extraction sont nombreux. La position majeure des Etats-Unis est confortée malgré les inquiétudes des compagnies gazières dues aux taxes et à la possible opposition du Président à l’utilisation de méthaniers chinois ou fabriqués en Chine ; par ailleurs, un mouvement de concentration semble en marche pour les compagnies exploitant le gaz non conventionnel. L’exportation dynamise le secteur, que ce soit vers l’Inde et vers l’Asie ; l’UE, dont la dépendance au LNG américain est bien identifiée, envisage de se tourner vers le Canada.
Charbon
Rien de nouveau pour ce qui concerne le charbon : la demande semble relativement stable. La production d’électricité avec des centrales à charbon reste croissante (Inde et Asie du Sud-Est) mais pourrait baisser d’ici 2030 ; la Chine entend réduire la production d’électricité dans des centrales à charbon, mais la construction de nouvelles centrales se poursuit : plusieurs dizaines de GW dont une partie sera opérationnelle en 2026 ; la Chine envisage de déplacer certaines industries lourdes vers des zones dites low carbon. L’Inde augmente l’extraction pour alimenter des centrales électriques, et la demande de l’Indonésie est en augmentation.
Le captage et le stockage du carbone sont régulièrement évoqués (Norvège, avec stockage du CO2 dans les gisements de pétrole et de gaz déplétés) mais les projets considérés pour la plupart comme trop chers (Royaume-Uni), les Etats-Unis ne s’y intéressent plus.
Maîtrise du changement climatique et marché du CO2
Rien de bien nouveau après l’accord concluant la COP30, mais en est-il réellement un, sachant qu’il n’est pas contraignant pour tous les participants et sachant qu’un tiers des Etats n’ont pas présenté leurs engagements ni leurs nouveaux objectifs alors que cette obligation avait été un apport majeur de l’accord de Paris de 2015 ?
- La Chine maintient son objectif de réduction de l’intensité carbone de 17% d’ici 2030.
- L’UE a démontré qu’elle respecte ses engagements mais n’a pas obtenu de succès sur la sortie des fossiles sous la pression de l’Inde, de la Chine, de l’Arabie saoudite ; l’ajustement carbone aux frontières (CBAM), reste une source de tensions. Et l’UE s’interroge sur une possible baisse du coût du carbone pour compenser la hausse du coût des énergies fossiles.
Et rappelons que la Chine est apparue à Belem comme le grand fédérateur des pays en développement, ce qui pourrait constituer un atout supplémentaire pour son leadership du « Sud global » face aux Etats-Unis.
L’électricité et le nucléaire
L’électricité est le vecteur énergétique de demain ; la demande liée aux data centers, à l’IA et à l’air conditionné se compte en milliers de TWh. Il ne faut oublier ni l’industrie ni la mobilité électrique ; et il convient de prendre la mesure de l’augmentation de la demande dans les pays émergents. La consommation des centres de données pourrait être entre 700 et 1700 TWh en 2035 pour l’ensemble Etats-Unis, Chine, et UE.
Les enjeux portent sur l’ensemble du système électrique (production, transport, distribution) et sur les « règles du jeu » du fonctionnement des marchés de l’électricité : il s’agit de donner suffisamment de visibilité aux acteurs publics et privés pour optimiser les réalisations concrètes d’infrastructures, et cela en intégrant dans le raisonnement la maîtrise du changement climatique et le coût des différentes options technologiques ; l’objectif visé est de disposer de l’électricité la moins chère possible, et cela dans la durée. Les annonces se sont multipliées sur la nécessité de renforcer les réseaux pour garantir la sécurité d’approvisionnement et accueillir la production des renouvelables intermittentes ; cela conduit à devoir considérer le coût complet de l’électricité pour fixer au mieux le prix pour les consommateurs, et donc, dans le contexte actuel, à reprendre et approfondir les réflexions sur l’organisation du marché de l’électricité, notamment pour traiter de la question sensible déjà posée en 2022 de l’indexation du prix de l’électricité sur le prix du gaz. Beaucoup d’idées circulent, par exemple la création d’une autorité fédérale aux Etats-Unis pour développer les réseaux et les mettre au niveau jugé nécessaire, séparer les règles pour les renouvelables et les règles pour les non-renouvelables au Royaume-Uni, …, surtout ne rien changer car le marché fonctionne de façon satisfaisante (Pays-Bas, Suède, …).
Les annonces se multiplient :
- Pour l’Inde, la demande pourrait augmenter de 6 à 7% par an dans les prochaines années soit plus de 3500 TWh d’ici 2030. Le développement du réseau est urgent.
- La Chine continue à construire des centrales à charbon et entend poursuivre le développement des renouvelables pour stabiliser les émissions de CO2.
- Le Royaume-Uni doit rapidement développer les réseaux.
- Pour l’UE, le prix de l’électricité est un sujet majeur et il convient de se souvenir du rapport Draghi qui mentionne la nécessité de s’intéresser au coût complet du MWh qui se concrétise par le prix payé par le consommateur. Le moment semble venu de réfléchir au devenir du marché européen de l’électricité afin d’intégrer, dans un souci d’optimisation, toutes les composantes du coût. La Commission semble en prendre conscience, notamment pour ce qui concerne le développement du réseau et des interconnexions pour que le développement des renouvelables intermittentes ne soit pas freiné par des goulets d’étranglement ; mais est-ce le fait d’une dynamique à l’œuvre depuis longtemps ou un moyen de prendre la main sur la politique de l’énergie des Etats membres ?
- Aux Etats-Unis, le prix de l’électricité augmente deux fois plus vite que l’inflation ; des investissements massifs sont nécessaires, aussi bien pour la production que pour le réseau, sachant que la demande devrait augmenter de 25% entre 2023 et 2030. La production par des centrales à charbon et au gaz continuera à augmenter et le nucléaire à se développer y compris avec des installations non connectées au réseau pour les besoins de l’IA et cela pour des dizaines de GW.
Et rappelons la publication récente par l’AIE d’un rapport sur le design des marchés de l’électricité : besoins massifs d’investissement, nécessité de designs durables du marché, renforcement des marchés à long terme indispensable pour donner la visibilité suffisante aux investisseurs.
Nucléaire
Le nucléaire doit prendre toute sa place ; depuis plusieurs mois, études et déclarations portent sur les enjeux et les efforts à faire sur tous les maillons de la chaîne de valeur, de la ressource en uranium au MWh.
Les SMR sont maintenant bien présents dans les débats : choix des technologies, préparation des licences, … : manifestation croissante d’intérêt dans plusieurs pays d’Afrique, premier contrat au Royaume-Uni avec un apport financier public, projets pour alimenter les bases de l’USAF aux Etats-Unis et peut-être dans des pays alliés, conception en cours en Chine de SMR de petite taille (10 MW), mobiles et transportables, SMR pour la production de chaleur industrielle au Canada, …
D’une façon générale, l’importance de la visibilité pour les acteurs afin de réduire les coûts par la mise en place de programmes sur la durée, et le soutien à la R&D pour l’arrivée à maturité de nouvelles technologies pour la production d’électricité, pour le dessalement et pour le chauffage urbain sont des convictions partagées. Il est clair que la compétition qui s’intensifie entre les fournisseurs de réacteurs va durer.
Les annonces et les décisions confirment le retour de l’intérêt pour le nucléaire :
- Etats-Unis :
- Le débat sur le financement se poursuit ; et les projets de SMR demandent encore du temps pour se concrétiser.
- Le DOE a décidé de soutenir la chaîne du combustible avec notamment 2,7 milliards$ pour l’enrichissement de l’uranium ; cela pour s’affranchir complètement de la Russie.
- Action du DOE et du DOD pour la maîtrise de tous les maillons de la chaîne.
- Partenariat avec le Kazakhstan pour l’approvisionnement en uranium et pour l’installation de SMR.
- Projets de centrales pour les électro-intensifs.
- Japon : le redémarrage de plusieurs centrales est toujours d’actualité.
- Inde : objectif de 22 GW en 2032 et de 100 GW de nucléaire à l’horizon 2047 (8 GW aujourd’hui) financés par des partenariats public-privé. La coopération avec la France pour la construction d’EPR et de SMR a été réaffirmée.
- Vietnam : accord pour la construction de 2 VVER 1200 russes.
- UE :
- Retour de l’intérêt pour le nucléaire en Espagne et en Belgique (où l’Etat pourrait reprendre les centrales existantes et poursuivre leur exploitation).
- Un changement des règles pour conclure un CfD est perçu comme un soutien implicite aux renouvelables : durée du contrat ramené de 60 à 40 ans, rémunération basée non plus sur la production mais sur la disponibilité pour gérer l’intermittence.
- Réaffirmation de l’objectif de ne plus importer d’uranium enrichi de Russie.
- La Corée du Sud poursuit sa prospection en vue de construire des APR1400.
- France : la PPE3 est maintenant adoptée, avec un objectif de production nucléaire de 380 à 420 TWh par an ; elle intègre la construction de 6 EPR et plus, et de SMR. La nécessité d’accélérer l’électrification de l’économie est de plus en plus une priorité du fait de la guerre au Proche-Orient.
Vers la transition énergétique : poursuite de la montée des enjeux internationaux
Il convient de noter la parution toute récente de la dernière édition de l’Energy Technology Perspectives de l’AIE. Les énergies bas carbone se développent rapidement et visent à satisfaire de façon croissante les objectifs d’une politique de l’énergie ; ainsi se développent rapidement les véhicules électriques, la production d’électricité (PV, éoliennes), et l’utilisation des batteries. Bien entendu, nous dit l’ETP, tout dépend des décisions politiques et des règles en place ; ainsi les pays émergents constituent des marchés en pleine croissance pour les produits de Chine pour la mobilité et la production d’électricité, et ils se positionnent sur la fabrication des équipements nécessaires pour eux-mêmes et pour les pays développés où le coût de l’énergie et le coût du travail limitent leur compétitivité. Car pour les utilisateurs, tout dépend du coût d’usage.
A noter l’importance de la résilience des chaînes de fabrication et celle de la R&D. Dans le contexte actuel et sans doute pour encore un moment, la Chine reste leader : vente de produits manufacturés aux pays émergents, concentration de la production des composants issus notamment du raffinage des terres rares et des matériaux, avance technologique consolidée par exemple pour le PV face aux Etats-Unis ou à l’Inde, règles financières favorables par exemple par rapport à l’UE pour ce qui concerne l’investissement.
Ces analyses convergent avec les évolutions récentes :
- Articulation de l’industrie du PV avec celle des batteries
- Combinaison de la production intermittente et du stockage, l’UE progressant trop lentement sur la production de batteries tout en envisageant de passer du lithium au silicium pour la fabrication de batteries pour ne pas dépendre de la Chine.
- Chine visant la production de petites voitures électriques moins chères pour le Japon et l’UE, et l’exportation de composants aux fabricants européens de VE. En même temps, la Corée du Sud pourrait s’avérer un concurrent redoutable pour les batteries.
- A noter enfin que le développement des renouvelables intermittentes en UE a conduit à examiner l’impact de la modulation sur les centrales nucléaires.
Terres rares et matières premières
Annonces, prises de position et négociations se poursuivent :
- Etats-Unis : il s’agit de reprendre la maîtrise et de réduire la dépendance à la Chine :
- Décisions du Sénat pour sécuriser l’accès aux minerais avec un financement possible de 70 milliards $.
- Le DOD investit dans la production de gallium.
- Constitution d’un stock de minéraux critiques.
- Investissements au Canada, en particulier pour le lithium.
- Présence accrue en RDC avec rachat de compagnies et investissements.
- Japon : accord avec l’Australie sur les terres rares ; l’exploitation des ressources du fond des océans est un centre d’intérêt, la durée pour la mise au point des technologies est un enjeu majeur.
- Indonésie : prise de position à venir sur l’aluminium ?
- Amérique latine : la compétition s’accentue pour accéder aux ressources, notamment au Brésil et en Argentine.
- Hausse du prix du cuivre et renforcement de la maîtrise du raffinage par la Chine.
- Annonces de l’Arabie, du Qatar et des Emirats portant sur le développement local des activités d’extraction et de raffinage, et sur leur financement dans le monde, notamment au Canada dans le cadre de la diversification des activités ; mais qu’en sera-t-il du fait des conséquences de la guerre au Proche-Orient ?
- L’UE entend constituer des stocks de métaux et de terres rares et diversifier les sources pour faire face aux risques géopolitiques. Ce qui peut offrir un champ de développement à l’industrie française si les compétences historiques sont toujours présentes ou peuvent être reconstituées, aussi bien pour l’extraction et le raffinage que pour le recyclage.
Hydrogène
Les perspectives se réduisent faute de développement du marché sauf peut-être en Asie où la Chine entend prendre une position dominante sur la fabrication d’électrolyseurs.
*ancien de la direction de la Stratégie, EDF
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