Dermatose nodulaire contagieuse (DNC) – Propositions pour la gestion de la crise
Philippe VESSERON*
La crise provoquée par l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est grave : elle frappe durement les éleveurs, contraints à des abattages massifs , douloureux et coûteux, et met en lumière les limites des dispositifs de prévention et de gestion sanitaire. Personne ne devrait sous-estimer son impact économique, social et psychologique. Pourtant, si l’abattage des bovins infectés ou potentiellement infectés s’impose comme une mesure d’urgence, il ne doit pas être la seule réponse. Trois leviers complémentaires méritent à mon avis une mobilisation renforcée de la part des pouvoirs publics, des experts et de la filière :
– le renforcement du contrôle des transferts de bovins
– la lutte contre les insectes vecteurs (mouches, moustiques, etc.), responsables de la transmission du virus entre bovins
– la vaccination rapide, outil essentiel pour limiter la propagation et réduire le recours aux abattages.
Clarifier les enjeux pour éviter les malentendus
Pour apaiser les tensions et favoriser l’adhésion aux mesures, il est urgent de rappeler sans ambiguïté trois réalités scientifiques souvent méconnues ou mal comprises :
- a) Endémique en Afrique et en Asie, la DNC ne présente aucun danger pour l’homme ni pour les autres espèces animales (chats, chiens, etc.) – seules exceptions : buffles, antilopes et girafes. Chez nous, elle est donc exclusivement bovine. Elle ne se transmet pas à l’homme, que ce soit par contact direct, par la consommation de viande ou de lait, ou encore via les insectes.
- b) La transmission se fait uniquement de bovin vivant à bovin vivant, par contact direct ou par l’intermédiaire d’insectes piqueurs. Dans ce contexte, il serait à mon avis judicieux de réévaluer temporairement les restrictions sur l’utilisation d’insecticides efficaces, aujourd’hui limitée par des réglementations visant à protéger la biodiversité. La situation exceptionnelle justifie une flexibilité ciblée, sous contrôle strict, pour briser la chaîne de contamination.
- c) L’abattage est une « mesure de précaution », certes rude, destinée à empêcher la diffusion du virus au sein d’un troupeau – chez les animaux non vaccinés ou ceux dont l’immunité n’est hélas pas encore effective après la vaccination. L’abattage ne répond pas à un risque pour la santé humaine ni animale à l’exception des bovins.
Repenser le devenir des animaux abattus : une opportunité manquée ?
Une question cruciale reste en suspens : faut-il interdire la valorisation des viandes, du lait et des sous-produits (cuir, farines) issus des animaux abattus dans le cadre de la prévention de la DNC ?
Pour d’autres épidémies (fièvre aphteuse, ESB, etc.), ces restrictions sont pleinement justifiées par des risques réels de transmission ou de contamination.
Pour la DNC, en revanche, elles apparaissent mal venues : aucun risque pour l’homme ou les animaux n’est avéré pour la consommation de viande ou de lait, y compris de lait cru, quels que soient le statut vaccinal ou l’état de santé du bovin. La destruction systématique de ces produits représente donc un gaspillage économique et alimentaire, sans bénéfices sanitaires.
Proposition :
Autoriser explicitement la commercialisation sans restriction de la viande et du lait pasteurisé issus des animaux abattus, peut-être en mettant en place un étiquetage spécifique, du type « Animal abattu par précaution dans le cadre du programme de lutte contre la DNC – Sans risque pour la santé humaine ».
Vers une gestion plus équilibrée de la crise
Cette proposition ne prétend pas remettre en cause les fondements de la stratégie sanitaire, mais vise à
– réduire le coût humain et économique de la crise pour les éleveurs, en limitant les pertes inutiles.
– rationaliser l’usage des ressources, en évitant le gaspillage de denrées comestibles sans risques
– renforcer la confiance dans les institutions, en alignant les décisions sur les données scientifiques et en évitant les mesures arbitraires ou motivées par le désir de ne pas heurter l’opinion, en cherchant à échapper à l’apparente contradiction des deux discours nécessaires en direction des éleveurs d’une part (abattage du troupeau par précaution) et des consommateurs d’autre part (pas de risque avec la viande ni avec le lait).
Bien entendu, cette piste doit être expertisée, débattue et adaptée en fonction des retours des professionnels, des scientifiques et des autorités. La crise de la DNC est multidimensionnelle : elle appelle des réponses à la fois rigoureuses et pragmatiques, qui concilient impératifs sanitaires, réalités économiques et attentes sociétales.
La gestion de cette épidémie pourrait aussi être l’occasion de repenser plus largement les protocoles pour les maladies animales non-zoonotiques. Pourquoi ne pas envisager, à terme, un cadre réglementaire national et/ou européen plus proportionné, qui distinguerait clairement les risques pour la santé humaine de ceux en termes de confiance ou de coûts, pour les autorités, les experts ou les éleveurs ? Une initiative commençant par réaffirmer l’absence de risques pour l’homme devrait être possible en associant les autorités des Etats européens qui ont subi cette épidémie depuis quelques mois.
*ingénieur général des mines (er) – Président d’honneur du BRGM
Ingénieur général des mines et ancien délégué aux risques majeurs
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Philippe Vesseronhttps://lepontdesidees.fr/author/pvesseronauteur/
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