ENERGIE : LES DERNIERES NOUVELLES DE DEMAIN (FEVRIER 2026)
SYLVAIN HERCBERG*
Plusieurs événements récents démontrent une fois de plus l’imbrication des enjeux à court terme et à long terme. Une première décantation semble en cours en même temps que les tendances lourdes se confirment. L’énergie est bien au cœur des tensions internationales, et les intérêts guident la définition par les Etats d’une politique énergétique cohérente avec leurs intérêts, et cela dans un monde en pleine réorganisation ; cette définition n’est pas exempte de contradictions dans la volonté de mettre en valeur les atouts nationaux pour limiter les risques et pour prendre position dans la compétition mondiale. Quelles alliances construire, quelles technologies privilégier, quel sens donner à la transition énergétique ? Autant de questions et, parfois, d’hésitations liées aux incertitudes sur l’évolution du monde, ainsi qu’à la difficulté pour les gouvernements d’élaborer une vision à moyen terme et à long terme.
Il convient de noter les déclarations du Secrétaire à l’énergie des Etats-Unis, qui illustrent parfaitement leur volonté d’être l’acteur majeur dans le monde en matière d’énergie, dans une démarche construite sur la défense des intérêts des Etats-Unis : les besoins d’énergie sont croissants dans le monde entier et l’indépendance énergétique des Etats-Unis est un défi pour restaurer leur puissance industrielle ; toutes les énergies primaires doivent être mobilisées, y compris les fossiles, et le coût de l’énergie doit être réduit pour tous les consommateurs ; la pollution de l’air et l’accès à l’énergie sont des défis notamment pour les pays en développement ; le changement climatique est bien là mais le nombre d’événements climatiques majeurs reste stable sur la longue durée, et ce ne sont pas les énergies renouvelables intermittentes qui doivent primer car des investissements considérables (photovoltaïque, éolien) ont été faits pour finalement une production mondiale faible, de l’ordre de quelques pour cents de la production d’électricité, et ils ont conduit à une augmentation rapide du prix de l’électricité aux Etats-Unis comme en Europe ; les Etats-Unis doivent tirer le meilleur de leurs ressources (hydrocarbures, nucléaire pour la production d’électricité et de chaleur), et de l’innovation (SMR, HTR pour les process industriels). Par ailleurs, les Etats-Unis peuvent contribuer à satisfaire les besoins de nombreux pays, par exemple en exportant du LNG bon marché et flexible comme c’est déjà le cas vers l’UE et vers plusieurs pays d’Asie. D’où la recherche du mix électrique le plus efficace et le moins coûteux donc utilisant gaz naturel, charbon et nucléaire, et l’arrêt des subventions aux renouvelables intermittentes.
Ces positions ont été exprimées notamment à la réunion ministérielle de l’AIE, qui a été centrée sur la sécurité énergétique, l’accès à l’énergie, et les enjeux de la transition énergétique ; et tout cela en prenant en considération les défis que doivent relever les pays en développement. Lors de cette réunion ont été également abordés les risques liés à l’approvisionnement en minéraux critiques, et l’impact de la poursuite de la guerre entre la Russie et l’Ukraine ; et les tensions liées au changement climatique et plus précisément à la posture des Etats-Unis et leur retrait de l’accord de Paris persistent. Et l’accent a été mis sur l’importance de l’innovation : nucléaire, nouvelles technologies pour le photovoltaïque, batteries dont le marché croît rapidement avec des prix qui baissent mais restent élevés.
Il convient également de noter la récente augmentation du prix du pétrole, qui se situe désormais autour de 70$ le baril ; c’est une rupture avec le niveau des toutes dernières années (environ 60$ le baril voire moins) et les perspectives qui prévalaient. Cela peut sembler contradictoire avec une production toujours en hausse dans l’OPEP+ et les pays non-OPEP+, et avec la volonté des Etats-Unis de faire appel aux ressources du Venezuela où les équipements sont à moderniser et à remettre en état. Et il ne faut pas négliger, pour un horizon plus lointain, le Canada. Plusieurs tentatives d’explication apparaissent dans les multiples déclarations : les investisseurs ont besoin de visibilité et de stabilité politique, les économistes s’interrogent sur la spéculation liée aux mesures prises pour réduire significativement les exportations russes, les stratèges s’inquiètent d’une guerre entre les Etats-Unis et l’Iran qui risque de déstabiliser tout le Proche-Orient, … Et l’on peut se demander quelle pourrait être la réaction de la Chine si elle doit réduire ses importations de pétrole en provenance d’Iran après avoir subi l’effet de l’action des Etats-Unis sur le Venezuela qui était l’une de ses sources importantes.
Au moment où ces lignes sont écrites, la guerre vient de reprendre au Proche-Orient. Il semble que les réactions de l’Iran visent aussi la péninsule arabique. On doit donc s’attendre à une augmentation des prix du pétrole et du gaz. Ces augmentations seront-elles durables (quelques jours, quelques semaines, quelques mois) ? Tout dépend de la durée des opérations militaires, et de la façon dont vont réagir les pays producteurs de la région (réaction unanime des Etats concernés ou maintien des nuances et des rivalités sous-tendues par les intérêts des Etats) ; tout dépend également de la posture des pays importateurs : vont-ils se tourner vers la Russie et vers les Etats-Unis, quelle va être la posture de la Chine qui, rappelons-le, a augmenté significativement ses stocks depuis plusieurs mois ? Il est bien trop tôt pour le dire.
Enfin, on signalera la récente publication par l’AIE d’un rapport sur l’électricité. On y retrouve ce qui était évoqué dans la note de décembre (voir plus loin) : la demande va augmenter de l’ordre de 3,6% par an d’ici 2030, plus rapidement que le PIB, tirée en grande partie par les pays émergents, et par une accélération dans les pays de l’OCDE ; renouvelables et nucléaire devraient réaliser la moitié de la production en 2030, la production par des centrales au gaz augmentera et celle par des centrales au charbon resterait stable ; le développement du réseau est impératif, aussi bien pour les zones denses que pour tirer parti du solaire photovoltaïque ; l’accès à l’électricité reste un enjeu majeur, ainsi que le prix tiré à la hausse pour plusieurs raisons (investissements massifs à réaliser, recours aux batteries, prix du gaz pour les centrales) ; l’intensité carbone du MWh devrait diminuer conduisant à une stabilisation des émissions de CO2 du secteur électrique.
Dans ce contexte, l’énergie est un levier d’action dans les négociations internationales commerciales et politiques : à titre d’illustration, l’Inde qui réduit sa dépendance au pétrole russe pour améliorer sa relation avec les Etats-Unis et qui renforce sa relation avec l’UE et la France. Et la réduction de l’UE aux importations de ressources fossiles prend encore plus d’importance, sachant les chocs possibles et la volatilité des prix qui pourraient résulter des tensions et des affrontements au Proche-Orient ; la politique climatique et la sécurité d’approvisionnement doivent pouvoir s’appuyer sur le nucléaire et les renouvelables, encore faut-il mettre en place les bonnes conditions pour le financement du nucléaire ainsi qu’une politique d’approvisionnement et de raffinage de minéraux qui n’aboutisse pas à amplifier une dépendance bien identifiée.
Pétrole, gaz, et fossiles
Pétrole
Le prix du pétrole semble s’établir maintenant dans la zone autour de 70 $ le baril. La demande de pétrole reste stable du fait de la situation économique dans le monde et de l’impact de la transition énergétique, malgré la persistance du ralentissement économique dans plusieurs grands pays d’Asie, dont la Chine où le pic de la demande serait atteint en 2027 ; la demande augmenterait aux Etats-Unis et en Inde mais baisserait en UE. Cette augmentation est-elle durable ? Comme mentionné plus haut, plusieurs explications sont mentionnées, et des réalités s’imposent :
- Le Proche-Orient suscite des inquiétudes bien compréhensibles : possible fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, mais alors, quelle sera la réaction de la Chine ? Comment vont évoluer les relations entre les Etats-Unis et l’Irak où les compagnies américaines reprennent position, notamment après l’éviction de Lukoil ? A quel horizon la production par les majors en Libye et peut-être en Syrie aura-t-elle un effet ?
- Les Etats-Unis parient sur le Venezuela qui possède des réserves considérables mais dont la production a été divisée par 4 pendant la présidence Maduro ; des investissements massifs sont nécessaires pour remettre la production à un haut niveau, nouveaux puits, infrastructures, … ; mais les compagnies américaines sont réticentes alors que le Président des Etats-Unis leur demande d’investir 100 milliards $ ; en même temps ces compagnies s’inquiètent d’une plus grande présence russe en Amérique latine et semblent évoluer très récemment vers un renforcement de leur présence.
- L’Inde, pour des raisons politiques évidentes liées à l’amélioration de leur relation avec les Etats-Unis, entend réduire ses importations de pétrole russe.
- L’exploration et la mise en exploitation de nouveaux gisements est à l’ordre du jour : pétrole non conventionnel en Argentine, schistes bitumineux au Canada pour exporter vers la Chine et vers des pays visant la réduction de leur dépendance aux Etats-Unis pour le pétrole et le gaz, exploration en Méditerranée pour améliorer la sécurité d’approvisionnement de l’Europe ; exploration offshore au Brésil ; d’une façon générale, beaucoup reste à faire pour conclure de nouveaux contrats pour exploiter de gros gisements, sachant que le coût de la production augmente et la rentabilité diminue.
Les tensions persistent au sein du cartel dont les membres souhaitent préserver leurs parts de marché et hésitent à mettre en exploitation de nouveaux gisements faute de rentabilité assurée. Pour le moment, la gestion de ces contradictions semble fonctionner, et plusieurs sujets d’intérêt apparaissent : l’évolution de l’Arabie et des pays du Golfe qui peuvent tirer parti d’une augmentation durable du prix du baril alors que la baisse des prix a un impact négatif sur les ressources financières pour la diversification et le développement de l’économie.
Gaz
La demande pourrait augmenter de 20% d’ici 2050, tirée en grande partie par la production d’électricité dans des centrales à cycle combiné en Asie et aux Etats-Unis. Les bénéficiaires pourraient être le Qatar, les Emirats et l’Australie ; les EAU, répondant à une demande des Etats-Unis, vont investir dans l’exploitation de gisements au Texas. Du fait des tensions internationales et de la hausse de la demande, le prix du gaz est à la hausse, et cela alors que le renouvellement des stocks en vue du prochain hiver est d’actualité.
Les tendances signalées les mois précédents se maintiennent : poursuite d’une augmentation significative de la production du Léviathan pour répondre à la demande de l’Egypte ; accord entre les Etats-Unis et la Grèce pour l’exploration des possibles gisements offshore en mer Ionienne et limiter ainsi les ambitions turques ; fin annoncée de toute importation de gaz russe en UE en 2027; volonté de la Chine de développer sa consommation, en s’approvisionnant peut-être davantage dans le cadre de la BRI ; volonté du Canada de développer massivement sa production pour sa consommation intérieure, pour les exportations et pour la gestion des tensions avec les Etats-Unis, et son objectif de devenir le deuxième exportateur mondial à l’horizon 2050. Des installations flottantes pour la chaîne LNG pourraient se développer (Argentine, Mozambique, …).
Aux Etats-Unis, la demande augmente du fait de la demande d’électricité due à la multiplication des centres de calcul et de stockage des données ; les projets d’extraction sont nombreux. La position majeure des Etats-Unis est confortée malgré les inquiétudes des compagnies gazières dues aux taxes et à la possible opposition du Président à l’utilisation de méthaniers chinois ou fabriqués en Chine ; par ailleurs, un mouvement de concentration semble en marche pour les compagnies exploitant le gaz non conventionnel. L’exportation dynamise le secteur, que ce soit vers l’Inde et vers l’Asie ; l’UE, dont la dépendance au LNG américain est bien identifiée, envisage de se tourner vers le Canada.
Charbon
Rien de nouveau pour ce qui concerne le charbon : la demande semble relativement stable. La production d’électricité avec des centrales à charbon reste croissante (Inde et Asie du Sud-Est) mais pourrait baisser d’ici 2030 ; la Chine entend réduire la production d’électricité dans des centrales à charbon, mais la construction de nouvelles centrales se poursuit : plusieurs dizaines de GW dont une partie sera opérationnelle en 2026 ; la Chine envisage de déplacer certaines industries lourdes vers des zones dites low carbon. L’Inde augmente l’extraction pour alimenter des centrales électriques, et la demande de l’Indonésie est en augmentation.
Le captage et le stockage du carbone sont régulièrement évoqués (Norvège, avec stockage du CO2 dans les gisements de pétrole et de gaz déplétés) mais les projets considérés pour la plupart comme trop chers (Royaume-Uni), les Etats-Unis ne s’y intéressent plus.
Maîtrise du changement climatique et marché du CO2
Rien de bien nouveau après l’accord concluant la COP30, mais en est-il réellement un, sachant qu’il n’est pas contraignant pour tous les participants et sachant qu’un tiers des Etats n’ont pas présenté leurs engagements ni leurs nouveaux objectifs alors que cette obligation avait été un apport majeur de l’accord de Paris de 2015 ?
Belem a révélé s’il en était besoin les rapports de force :
- Absence des Etats-Unis au plus haut niveau, et menace de se retirer de l’AIE, non concrétisée à la dernière réunion ministérielle.
- L’UE a démontré qu’elle respecte ses engagements mais n’a pas obtenu de succès sur la sortie des fossiles sous la pression de l’Inde, de la Chine, de l’Arabie saoudite ; l’ajustement carbone aux frontières (CBAM), qui est considéré par les grands émergents comme une taxation injuste qui fait obstacle à leur développement, reste une source de tensions.
- Le financement devrait être au centre de la préparation des prochaines COP : ajustement aux frontières, niveau du soutien aux pays émergents et financement de l’adaptation, marché ou marchés du carbone, contribution différenciée des pays, …
- La Chine est apparue comme le grand fédérateur des pays en développement.
L’électricité et le nucléaire
L’électricité est le vecteur énergétique de demain ; la demande liée aux data centers, à l’IA et à l’air conditionné se compte en milliers de TWh. Il ne faut oublier ni l’industrie ni la mobilité électrique ; et il convient de prendre la mesure de l’augmentation de la demande dans les pays émergents et du Proche-Orient ainsi qu’en Afrique. La consommation des centres de données pourrait être entre 700 et 1700 TWh en 2035 pour l’ensemble Etats-Unis, Chine, et UE.
Les enjeux portent sur l’ensemble du système électrique (production, transport, distribution) et sur les « règles du jeu » du fonctionnement des marchés de l’électricité : il s’agit de donner suffisamment de visibilité aux acteurs publics et privés pour optimiser les réalisations concrètes d’infrastructures, et cela en intégrant dans le raisonnement la maîtrise du changement climatique et le coût des différentes options technologiques ; l’objectif visé est de disposer de l’électricité la moins chère possible, et cela dans la durée.
Les annonces se multiplient :
Pour l’Inde, la demande pourrait augmenter de 6 à 7% par an dans les prochaines années soit plus de 3500 TWh d’ici 2030. Le développement du réseau est urgent, en particulier pour intégrer la production des renouvelables.
La Chine continue à construire des centrales à charbon et entend poursuivre le développement des renouvelables contribuant non seulement à l’activité industrielle mais également à la stabilisation des émissions de CO2.
Le Royaume-Uni doit rapidement développer les réseaux, ce qui pourrait entraîner une augmentation des dépenses de l’ordre de 100 £ par an et par foyer pendant 5 ans.
Pour l’UE, le prix de l’électricité est un sujet majeur et il convient de se souvenir du rapport Draghi qui mentionne la nécessité de s’intéresser au coût complet du MWh qui se concrétise par le prix payé par le consommateur ; pour certains experts, le moment est venu de réfléchir au devenir du marché européen de l’électricité afin d’intégrer, dans un souci d’optimisation, toutes les composantes du coût : développement de la production dans la longue durée, développement du réseau, backup des énergies renouvelables intermittentes, impact des subventions aux renouvelables. La Commission semble prendre en compte une partie de ces orientations, notamment pour ce qui concerne le développement du réseau et des interconnexions afin que le développement des renouvelables intermittentes ne soit pas freiné par des goulets d’étranglement ; mais est-ce le fait d’une dynamique à l’œuvre depuis longtemps ou un moyen de prendre la main sur la politique de l’énergie des Etats membres ?
Pour ce qui concerne les Etats-Unis, il faut noter que le prix de l’électricité augmente deux fois plus vite que l’inflation, de 13 à 20% depuis le début de l’année ; des investissements massifs sont nécessaires, aussi bien pour la production que pour le réseau, sachant que la demande devrait augmenter de 25% entre 2023 et 2030. La production par des centrales à charbon et au gaz continuera à augmenter et le nucléaire se développer y compris avec des installations non connectées au réseau pour les besoins de l’IA et cela pour des dizaines de GW. Une partie de l’accord avec le Japon portant sur 500 milliards $ d’investissements aux Etats-Unis porterait sur la construction de 9 GW de centrales à gaz, sans oublier de nouvelles centrales nucléaires.
Et rappelons la publication récente par l’AIE d’un rapport sur le design des marchés de l’électricité, qui mentionne notamment les besoins massifs d’investissement, la nécessité de designs durables du marché, le renforcement des marchés à long terme indispensable pour donner la visibilité suffisante aux investisseurs alors que le monde est incertain, l’objectif de disposer de l’électricité la moins chère possible.
Nucléaire
Le nucléaire doit prendre toute sa place ; depuis plusieurs mois, études et déclarations portent sur les enjeux et les efforts à faire sur tous les maillons de la chaîne de valeur, de la ressource en uranium au MWh. Les SMR sont maintenant bien présents dans les débats : choix des technologies, préparation des licences, …
D’une façon générale, l’importance de la visibilité pour les acteurs afin de réduire les coûts en particulier par la mise en place de programmes sur la durée, et le soutien à la R&D pour l’arrivée à maturité de nouvelles technologies pour la production d’électricité, pour le dessalement et pour le chauffage urbain sont des convictions partagées. Et le combustible est un enjeu d’importance alors que le prix spot de l’uranium augmente. Il est clair que la compétition qui s’intensifie entre les fournisseurs de réacteurs va durer.
Les annonces et les décisions confirment le retour de l’intérêt pour le nucléaire :
- Etats-Unis :
- Des doutes se manifestent encore sur le retour massif du nucléaire considéré comme trop cher et le débat sur le financement se poursuit ; et les projets de SMR demandent encore du temps pour se concrétiser.
- Le DOE a décidé de soutenir la chaîne du combustible avec notamment 2,7 milliards $ pour l’enrichissement de l’uranium ; cela s’inscrit dans l’objectif de s’affranchir complètement de la Russie. Dans ce cadre, des accords sont conclus avec des industriels de l’UE (ORANO, URENCO).
- Action du DOE et du DOD pour la maîtrise de tous les maillons de la chaîne avec un effort en R&D pour les SMR et les AMR.
- Un partenariat se met en place avec le Kazakhstan pour l’approvisionnement en uranium et pour l’installation de SMR.
- Projets de centrales pour les électro-intensifs.
- Japon : le redémarrage de plusieurs centrales est d’actualité.
- Inde : les nouvelles orientations de la politique de l’énergie devraient être rendues publiques prochainement, avec un objectif de 22 GW en 2032 et de 100 GW de nucléaire à l’horizon 2047 (8 GW aujourd’hui) financés par des partenariats public-privé. La coopération avec la France pour la construction d’EPR (Jaïtapur, 10 GW) et de SMR a été fortement réaffirmée lors de la visite du Président de la République ; et il en est de même pour l’équipement de nouvelles centrales de technologie indienne.
- UE :
- Un changement des règles pour conclure un CFD est perçu comme un soutien implicite aux renouvelables : durée du contrat ramené de 60 à 40 ans, rémunération basée non plus sur la production mais sur la disponibilité pour gérer l’intermittence.
- Réaffirmation de l’objectif de ne plus importer d’uranium enrichi de Russie.
- La Corée du Sud poursuit sa prospection en vue de construire des APR1400.
- Royaume-Uni : l’horizon est dégagé pour les 2 EPR de Sizewell C et les évaluations des options possibles pour le financement des SMR se poursuivent, en partie dans le cadre de l’accord avec les Etats-Unis conclu lors de la visite du Président des Etats-Unis.
- Chine : la construction de 11 nouveaux réacteurs répartis sur cinq sites et les mises en service se poursuivent, avec un objectif de 110 GW exploités en 2030.
- France : la PPE3 est maintenant adoptée, avec un objectif de production nucléaire de 380 à 420 TWh par an ; elle intègre la construction de 6 EPR et plus, et de SMR. A noter qu’elle mentionne la nécessité d’accélérer l’électrification de l’économie ainsi que le développement du réseau électrique.
Vers la transition énergétique : poursuite de la montée des enjeux internationaux
La Chine et l’Inde pourraient être les principaux bénéficiaires de l’augmentation de la demande d’électricité, en particulier pour les équipements photovoltaïques ; la Pologne et l’Arabie envisagent un développement significatif du photovoltaïque.
Plusieurs évolutions émergent : articulation de l’industrie du PV avec celle des batteries, combinaison de la production intermittente et du stockage, l’UE progressant lentement sur la production de batteries et envisageant de passer du lithium au silicium pour le développement de la fabrication de batteries en s’affranchissant ainsi de la dépendance à la Chine. L’Arabie multiplie les installations de batteries : l’objectif de produire en 2030 la moitié de l’électricité avec des renouvelables conduit à installer 50 GWh de batteries. Selon l’AIE le prix des batteries va baisser vers 150 $/kWh.
A noter également les orientations de la Chine sur la mobilité électrique : production de petites voitures électriques moins chères pour le Japon et l’UE, exportation accrue de VE vers le Royaume-Uni, exportation de composants aux fabricants européens de VE, développement de la production de camions électriques… Cela pourrait conduire à une concentration de l’industrie de la mobilité électrique en Chine, afin de mieux intégrer les sous-traitants dont certains sont en difficulté financière. En même temps, la Corée du Sud pourrait s’avérer un concurrent redoutable de la Chine pour les batteries. Et l’UE envisage de limiter le soutien de l’Etat à l’achat d’un VE aux véhicules fabriqués à plus de 70% en UE. Les Etats-Unis essaient de développer leur présence sur le marché chinois (partenariat Ford-Xiaomi possible). L’Allemagne entend subventionner l’achat d’un VE ou d’un véhicule hybride (1500 à 6000 €), quelle que soit son origine.
A noter enfin que le développement des énergies renouvelables intermittentes en UE a conduit à examiner l’impact de la modulation sur les centrales nucléaires.
Terres rares et matières premières
Annonces, prises de position et négociations se poursuivent :
- Etats-Unis : il s’agit de reprendre la maîtrise et de réduire la dépendance à la Chine :
- Décisions du Sénat pour sécuriser l’accès aux minerais avec un financement possible de 70 milliards $.
- Le DOD investit dans la production de gallium, considéré comme une matière stratégique et plus généralement soutient les entreprises du secteur des terres rares.
- Constitution d’un stock de minéraux critiques avec 10 milliards $ de financement public et 2 milliards $ de financement privé.
- Investissements au Canada, en particulier pour le lithium.
- Présence accrue en RDC avec rachat de compagnies et investissements.
- Japon : l’exploitation des ressources du fond des océans est maintenant un centre d’intérêt, la durée pour la mise au point des technologies est un enjeu majeur.
- Amérique latine : la compétition s’accentue pour accéder aux ressources, notamment au Brésil et en Argentine.
- Chine : le 4ème plenum du PCC a fixé un objectif de doublement pour les technologies propres, visant le développement économique national et le marché mondial. L’accord suite à la négociation entre les Etats-Unis et la Chine semble tenir, mais le contrôle des exportations des technologies comme celle des terres rares et des produits raffinés reste un sujet d’intérêt. Des partenariats nouveaux pour l’exploitation de gisements de terres rares en Asie du Sud-Est, en Amérique latine et au Nigeria sont envisagés.
- Hausse du prix du cuivre et renforcement de la maîtrise du raffinage par la Chine.
- Annonces de l’Arabie, du Qatar et des Emirats portant sur le développement local des activités d’extraction et de raffinage, et sur leur financement dans le monde, notamment au Canada dans le cadre de la diversification des activités.
- L’UE entend constituer des stocks de métaux et de terres rares et diversifier les sources pour faire face aux risques géopolitiques. Ce qui peut offrir un champ de développement à l’industrie française si les compétences historiques sont toujours présentes ou peuvent être reconstituées, aussi bien pour l’extraction et le raffinage que pour le recyclage.
Hydrogène
Les perspectives se réduisent faute de développement du marché sauf peut-être en Asie où la Chine entend prendre une position dominante sur la fabrication d’électrolyseurs. A la suite de l’évaluation économique, les projets d’hydrogène « propre » sont réduits drastiquement au Royaume-Uni.
* Ancien de la direction de la Stratégie, EDF
-
Sylvain Hercberghttps://lepontdesidees.fr/author/shercbergauteur/
-
Sylvain Hercberghttps://lepontdesidees.fr/author/shercbergauteur/
-
Sylvain Hercberghttps://lepontdesidees.fr/author/shercbergauteur/
-
Sylvain Hercberghttps://lepontdesidees.fr/author/shercbergauteur/

Responses