Le moment nucléaire


Notre contexte géopolitique a évolué depuis le dernier colloque. Les alliances sont ébranlées, et une guerre persiste à nos frontières. Malgré ces défis, la Commission européenne met en œuvre des actions clés concernant la sécurité, l’énergie, la défense et la recherche.
Dans le domaine de l’énergie, la transition énergétique reste cruciale pour atteindre nos objectifs climatiques.
Tout d’abord, aux côtés des énergies renouvelables, l’énergie nucléaire est essentielle pour la transition énergétique et la sécurité énergétique. La Commission, dans sa communication sur l’objectif climatique à l’horizon 2040 (publiée en février 2024) insiste sur un système électrique entièrement décarboné d’ici 2040. Les énergies renouvelables, complétées par le nucléaire, devraient couvrir plus de 90 % de la consommation d’électricité de l’UE à cette date.
À long terme, de nouvelles sources d’énergie devront s’ajouter pour répondre à la demande croissante, la fusion constituant une alternative prometteuse. L’Union européenne dirige le projet de fusion ITER, basé en France.
Mon deuxièmement point concerne la compétitivité. Comme annoncé dans sa Boussole pour la Compétitivité, la Commission a introduit un pacte pour une industrie propre et un plan d’action pour une énergie abordable, qui incluront un nouveau programme indicatif nucléaire (PINC).
La compétitivité repose également sur l’innovation et une grande attention est accordée par certains États-membres aux SMRs. La Commission soutiendra leur déploiement au début des années 2030 en s’appuyant sur l’Alliance industrielle européenne pour les SMRs lancée en 2024. Le projet Nuward d’EDF a été sélectionné dans ce cadre. Nous soutenons en particulier une chaîne d’approvisionnement européenne pour tous les projets SMR dans l’UE, quel que soit leur origine. Par ailleurs, la Commission s’efforcera d’optimiser les règles et pratiques d’autorisation pour faciliter le déploiement rapide et sûr des nouvelles technologies nucléaires comme les SMRs en Europe.
Une main-d’œuvre qualifiée est aussi cruciale pour le fonctionnement sûr et compétitive des technologies nucléaires. L’Union des compétences complétera les dispositifs actuels, notamment les programmes Euratom pour la recherche et la formation et le Net Zero Industrial Act.
Troisièmement, concernant la sécurité des approvisionnements, le plan REPowerEU met l’accent sur la diversification des chaînes d’approvisionnement en combustible nucléaire. Nous travaillons avec les États membres exploitant des réacteurs VVER de conception russe et d’autres États membres s’appuyant sur les services de combustible nucléaire pour diversifier leurs approvisionnements hors de Russie. L’industrie nucléaire européenne, particulièrement française, joue un rôle actif dans cette diversification afin de renforcer la capacité domestique de l’UE. Nous collaborons aussi avec des partenaires internationaux pour développer la capacité occidentale en services de combustible nucléaire.
En définitive, la priorité de la Commission Européenne est de veiller à ce que l’énergie nucléaire ne soit utilisée qu’avec les normes de sûreté les plus élevées. La sûreté nucléaire est un bien commun. Le traité Euratom affirme également ce principe de bien commun, avec des dispositions pour un marché commun équitable en matières nucléaires et la promotion de la recherche. Appuyons-nous sur ce cadre commun pour soutenir la compétitivité, la décarbonisation, le développement des compétences et la croissance de l’Europe.
Cette communication a été faite lors de l’ouverture du colloque « Le Moment nucléaire », qui s’est tenu au Palais du Luxembourg le 17 mars 2025
Directeur général adjoint à l'Energie, Commission Européenne
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Massimo Garribbahttps://lepontdesidees.fr/author/mgarribaauteur/
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