Le Pont

La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie. – Hannah Arendt

Les urgences dentaires

Jean Azerad*

Avec toujours près de 60.000 passages annuels en urgence par an, le service d’odontologie de la Pitié-Salpêtrière reste en France celui qui a probablement le plus d’expérience dans le domaine de la prise en charge des urgences odontologiques.

Pour comprendre les aspects médicaux-légaux et déontologiques de ce type de prise en charge, il faut replacer dans leur contexte les priorités : lutter contre le stress et la douleur du patient, stopper l’évolution d’un processus pathologique, prévenir les complications potentielles du processus en cours, et mettre en œuvre un retour le plus proche possible de la normalité, le plus rapidement possible. Des protocoles de prise en charge spécifiques ont dû être mis en place pour faire face à ce flux énorme de patients consultant en urgence, de jour comme de nuit.

L’exclusion du système de soins pour des raisons économiques reste la caractéristique majeure des patients consultant régulièrement en urgence. Une autre raison qui amène des patients à consulter en urgence est la faiblesse constatée sur notre territoire concernant les conditions de prise en charge des patients à besoins spécifiques : enfants, personnes âgées et handicap.

Enfin, l’approche particulière de la femme enceinte peut être développée en rappelant que depuis 2013 il existe une prise en charge à 100 % d’un examen bucco-dentaire pour les femmes enceintes, axé sur la prévention, et destiné à éviter les risques durant la grossesse.

Outre la difficulté de réunir des moyens matériels et humains adaptés dans un contexte de restrictions budgétaires de l’hôpital, il a fallu aussi convaincre les autorités de tutelle et la profession de la pertinence de cette approche de l’urgence odontologique. En effet, il faut bien reconnaître que le patient qui consulte en urgence n’est en général pas le bienvenu dans un contexte de soins programmés. Pour inverser cette tendance, il a fallu organiser la filière de soins, en demandant de réserver dans les cabinets libéraux et les centres de soins des plages pour le soin d’urgence, de même qu’à l’hôpital où un accueil spécifique a dû être organisé. La permanence des soins est une nécessité incontestable aujourd’hui : notre profession doit s’y engager résolument, il en va de sa crédibilité médicale.

 

*ancien chef de Service d’Odontologie, AP-HP

 

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