Le Pont

La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie. – Hannah Arendt

Recherche et exploitation des hydrocarbures : pourquoi pas chez nous ?

Philippe Vesseron*

L’Assemblée nationale vient de rejeter une proposition de loi venant du Sénat dont le but est de supprimer en Guyane les interdictions de recherche et d’exploitation des hydrocarbures : que va-t-il se passer maintenant ? Quelles conséquences auront sur ce débat les changements du contexte énergétique du côté de la Russie et du Moyen Orient ?

Il me semble utile de mettre l’accent sur une des étapes importantes du cheminement de la question en France : l’interdiction de la fracturation hydraulique. La révolution introduite aux USA en 2007-2008 dans l’exploitation des « hydrocarbures non conventionnels », dits aussi « de schiste », « shale gas » et « shale oil », a été un tournant majeur. En fait, on a essentiellement combiné à ce moment deux techniques élaborées bien avant : la fracturation hydraulique et le forage horizontal. Les accélérations ont suscité de vifs débats Outre Atlantique, illustrés par exemple par le film « Gasland » réalisé par Josh Fox, très dénonciateur d’impacts environnementaux, sanitaires, sociaux… En France, les permis de recherche délivrés (par exemple pour des gaz de schiste sous le Larzac…) ont fait l’objet de débats vifs utilisant en particulier les arguments des contestataires américains. Pour éviter le pourrissement à l’approche de l’élection présidentielle, on adopte en catastrophe la loi du 13 juillet 2011 qui interdit « pour un an » l’utilisation de la fracturation hydraulique pour la recherche ou l’exploitation des hydrocarbures en métropole, dans les DOM et les TOM, mais aussi dans la ZEE. Pas mal de questions étaient (provisoirement ?) laissées sans réponse, comme le sort de la géothermie profonde. Mais le changement de panorama essentiel en France allait être la montée de la préoccupation du changement climatique, peu présente jusque-là dans le débat sur la fracturation hydraulique, ni ici ni aux USA. D’où en France la « loi Hulot » du 30 décembre 2017 qui va oblitérer sans leur répondre les questions sur la fracturation en imposant une orientation simple : interdire la recherche et l’exploitation du gaz ou du pétrole dans notre sous-sol quelle que soit la technique utilisée. Et nous pensons que cette piste nous met au premier rang des bons élèves de l’Accord de Paris de 2015 sur le changement climatique !

Aujourd’hui, le monde de l’énergie change radicalement, l’économie française marche mal, l’électrification patine… et les voisins de la Guyane développent la prospection des hydrocarbures ! On comprend assurément dans ces conditions l’initiative des élus de la Guyane de préparer la proposition de loi qui a été bien soutenue au Sénat mais refusée par l’Assemblée nationale ! 

Que faire ? Ma recommandation est de reprendre les étapes qui ont conduit à la situation française actuelle :

  • l’ostracisation de la fracturation hydraulique est-elle encore considérée comme justifiée aujourd’hui ? Quel retour d’expérience tirer de 20 ans de mise en œuvre aux USA ? Nous importons massivement des hydrocarbures de schiste américains…
  • limiter la production de gaz et de pétrole en métropole, outre-mer et dans la ZEE « vaut-il mieux » que réduire les importations, qu’elles viennent des USA, de Russie ou du Moyen Orient ? Cette limitation est-elle une bonne réponse à la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre ? Comment se comparent les bilans écologiques, économiques et politiques des deux options ?
  • avons-nous en France une industrie du sous-sol suffisamment convaincante ?

*Ingénieur général des Mines et ancien délégué aux risques majeurs

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