Pour un nouveau contrat social et écologique

Le nouveau contrat social
Le nouveau contrat social

L’entreprise au cœur de la transformation économique.

Christian Pierret, ancien ministre de l’Industrie et Philippe Latorre, expert en fonds d’investissement, proposent dans leur dernier ouvrage un « nouveau contrat social » (1) fondé cliniquement sur un chamboulement intrinsèque et extrinsèque de l’entreprise. Si le projet est ambitieux et le propos qui l’exprime vivifiant et tranché, ce pavé économique lancé dans la mare du capitalisme hexagonal pépère et de court-terme est résolument réformateur et d’une actualité revigorante. Il y a bien sûr, en toile de fonds, cette crise sanitaire qui a montré l’impréparation initiale des pouvoirs publics à y faire face, mais aussi les déficiences économiques de notre appareil productif qui s’est tragiquement désindustrialisé ces dernières décennies. Il y a aussi la digitalisation de l’économie qui a certes introduit les technologies les plus avancées pour favoriser la globalisation des échanges mais a négligé le secteur de l’emploi en contribuant à un chômage de masse, notamment chez les jeunes, et à minorer la valeur du travail jusqu’à en faire un attribut corvéable du capital. Les artisans de ce « revival » social ne sont pas près de jeter le bébé avec l’eau du bain, ils ne sont pas des révolutionnaires anticapitalistes façon Thomas Piketty, mais pas plus des artisans d’une économie financiarisée et ultra-virtualisée au service de cette fameuse classe du un pourcent qui détient la majorité des biens et des profits de la planète. Trop conscients de la montée des inégalités et des sourdes révoltes qui agitent les populations (les gilets jaunes et autres protestataires anti-vaccins chez nous…), Pierret et Latorre esquissent un cadre politique vigoureux sur un mode sémantique sans concession : « la République s’apprend tôt pour devenir un réflexe autant qu’une morale », « l’euthanasie de l’Etat mène à l’affaiblissement de la politique ».

Cet État républicain soclé aux grands principes, le moment serait venu d’après nos auteurs de passer un nouveau contrat avec les entreprises pour une raison évidente : « l’entreprise fait aujourd’hui société ». Ce constat clairvoyant et lucide se veut inspiré idéologiquement et pratiquement de la social-démocratie en œuvre dans les pays du nord de l’Europe, notamment en Allemagne. On l’aura compris, à la confrontation type « lutte des classes » qui imprime les rapports de l’Etat et des entreprises en France, est préférée l’alternative d’un partenariat de concertation et d’action qui oblige chacun des partenaires Etat-Entreprises à des compromis structurels et structurants en vue d’édifier un capitalisme de partage et de responsabilité.

La notion de responsabilité est à prendre dans sa dimension philosophique lévinassienne, à savoir qu’elle impose de respecter la liberté et l’intégrité des personnes dans leurs échanges sociaux comme dans leur conduite individuelle. Ce qui suppose, dans le cadre économique, de veiller à une redistribution des profits comme à une reconnaissance de la valeur travail équivalente à celle du capital. Nous retrouvons là les bases de l’économie politique théorisée par Keynes en son temps et qui s’est diluée jusqu’à peau de chagrin dans le capitalisme ultra financier. Bref, le salarié devrait pouvoir participer à la gouvernance de son entreprise et être partie prenante de son capital comme de sa plus-value.

Pierret et Latorre procèdent ainsi à dépoussiérer les impasses et autre inerties de notre économie en s’appuyant pour ce faire sur les atouts rénovés et réactualisés d’une social-démocratie vigilante encline à toujours équilibrer les rapports entre capital et travail, par la participation active de l’ensemble des acteurs économiques et la juste répartition des dividendes- comme des risques inhérents à toute initiative humaine. Ce nouveau contrat social passe par une « entreprise cohésive » de ce lieu s’effectue selon nos auteurs, « la transformation radicale de la société toute entière ».

Un ouvrage à lire, une thèse à partager, pour prendre de la bonne graine dans ce moment d’incertitude en vue de redonner de l’élan à l’économie, à la société et à la politique.

(1) Le nouveau contrat social, l’entreprise après la crise. Christian Pierret et Philippe Latorre, préface de Pascal Lamy. Editions Le Bord de l’eau.

Les écologistes nous mentent

Les écolos nous mentent

Ouvrage publié aux éditions Albin Michel

Jean de Kervasdoué

Parce que l’humanité a besoin de religion, les docteurs de la foi ont fait du changement climatique une « cause à tout faire » : culpabiliser le citoyen, restreindre ses libertés, poussant l’intolérance jusqu’à imposer des remèdes parfois pires que le mal. La peur de la disparition des espèces, de la vengeance de la Nature (les pandémies et les cataclysmes) remplace celle de l’Enfer des temps obscurantistes. Ainsi le désordre, l’esprit de rébellion, la politique au jour le jour, se sont installés dans le paysage national au nom de la crise ! Les gourous de l’écologisme savent que « tous les hommes se transmettent leur angoisse comme une épidémie » (Epicure). Jean de Kervasdoué et Henri Voron savent qu’ « il n’y a pas de force intrinsèque de l’idée vraie » (Spinoza) et ont à cœur de dresser un état des lieux, en forme de brèves rubriques argumentées.

La France va manquer d’eau : Non! L’eau circule, elle ne disparait pas ; celle de Paris n’abreuve pas les steppes, c’est aux économies des pays asséchés de remédier à la désertification.

Les incendies de forêts seront de plus en plus ravageurs : pour l’habitat, sur le temps court, oui ; sur la biodiversité non, sauf si l’on change des essences végétales premières pour D’autres sans réfléchir. Le CO2 dégagé est nécessaire à la photosynthèse ; la nature se régénère toujours, peu à peu. Il ne sert à rien de s’agiter: la solution appartient aux pays concernés. La forêt non entretenue pourrit en dégageant du méthane. La mort des arbres est liée à l’âge selon les essences. Une production bien gérée est de les abattre juste avant et profiter de leur bois et replanter… sans dramatiser!

La biodiversité est en danger : des espèces disparaissent, ce fut toujours le cas ; c’est plutôt le nombre des individus qui décroit car la population mondiale est dévoreuse d’espace vital (habitat, cultures industries, mobilités). Certaines espèces (sangliers, loups, insectes…) sont nuisibles en grand nombre. Il faut prendre en compte que les OGM sont des espèces nouvelles, tout comme la nature en a créé et supprimé sur des centaines de millénaires.

Les abeilles sont en danger : faute d’insecticides les insectes qui les attaquent ne disparaissent pas. Il y a de bons et de mauvais apiculteurs. Les OGM sont incapables de « contaminer » les cultures voisines par de mystérieux croisements! Ils respectent l’environnement ; ils ne sont pas une « privatisation du vivant » ! Ce qui est naturel n’est pas forcément innocent.

La pêche est dévastatrice : oui si elle est non contrôlée, mais les pays qui ferment les yeux sont ceux-là mêmes qui saccagent les mers ! La population des pays émergents se nourrit de protéines de la mer. Or elle augmente vite…Il y a maintenant presque autant sur nos étals de produits élevés que péchés en mer, car ils sont indispensables. Pourquoi les vouer aux gémonies, s’ils sont élevés correctement, s’ils nourrissent correctement? C’est une agitation de riches, tristement nombriliste…

Le Bio garantit la santé : pour ceux qui peuvent payer le travail d‘agriculteurs locaux et participer à l’économie de zones rurales avec des produits frais et de saison, il y a beaucoup de plaisir. Mais heureusement qu’il y a d‘autres moyens d’utiliser les terres arables pour nourrir bientôt 9 Milliards d’hommes!

Le nucléaire doit disparaitre totalement pour être remplacé par des énergies « renouvelables » ! Il y a depuis longtemps des gens qui en ont peur ; alors les inquisiteurs se multiplient, encouragés par la gloire qu’ils en retirent. Le long exposé argumenté de Jean de Kervasdoué (le plus virulent du livre) déplore cette « ruse du mensonge », ce « retour à la pensée magique » dès qu’il s’agit de s’emparer de prétendues solutions. L’auteur tient beaucoup à rendre justice à cette énergie qu’on obtient si facilement et si abondamment pour vivre chez soi, circuler, produire des biens industriels ou se livrer à n’importe laquelle des activités de nos journées, confortables, d’Occidentaux nantis. Cette énergie électrique produit d’une volonté politique et d‘efforts de longue haleine ; sachons que pour chacun, elle fait le travail de centaines d’esclaves.

 « Chacun croit aisément, et ce qu’il craint, et ce qu’il désire » dit La Fontaine. On oublie autant que possible dans le milieu médiatico-politique de rappeler que l’électricité nucléaire est décarbonée! Qu’elle a causé infiniment moins de morts que le moindre de nos weekends sur les routes. Que la gestion des déchets est maitrisable. La France utilise pour 70% de ses besoins cette énergie non polluante, surtout stockable et ajustable… Et quelques années de folle gestion prétendraient la remplacer sans problème? Ce qu’il faut retenir c’est qu’elle exige une stabilité sociale partout et de la prudence quant à sa dissémination vers des pays qui ne l’obtiennent que par la tyrannie. Le risque est politique.

La pollution tue des milliers de victimes chaque année : Comment compte-on ces victimes ? Sans mettre « toutes choses égales par ailleurs »… parce qu’on ne le peut pas ! Quelles sont les causes réelles de leur mort (ces comorbidités dont on parle tant aujourd’hui). Les chiffres sont lancés sans contrôle : on avance une cause de décès au fur et à mesure qu’on invente une nouvelle alerte. Et les tribunaux s’immiscent dans des querelles scientifiques…

En conclusion, la pensée écologiste reflète, hélas, par ses dictats, le désir de l’individu de se préserver seul (et avec ses « très semblables ») à la fois dans sa santé physique – peu en importe le prix et ce dont il peut priver les autres – et sa santé morale – il est, bien sûr, le seul à savoir, il casse tout entrainé dans son bon droit – en dénonçant les coupables. Des projets utiles et bienfaisants, fruits d‘enquêtes sérieuses et de travaux scientifiques sont maltraités par de fausses affirmations.

Dénoncer inlassablement, à toute heure de chaque jour, « l’abominable situation de notre planète », veut nous culpabiliser et empêcher de travailler sereinement.

Est-ce là le remède aux maux de la Terre ?

Jeanne Perrin

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