De l’éternité des juifs

Pourquoi, au cours de millénaires d‘errance et de persécution, un peuple qui ne fut jamais en grand nombre a-t-il gardé intacte sa culture ?  Alors qu’on sait que les plus brillantes civilisations, les plus vastes empires se sont éteints ou s’éteindront peut-être. Est-ce parce que ce peuple, à quelque époque que ce soit, sait être une grande famille dont les liens traversent les frontières et les océans. Cette famille est celle des enfants d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Ses membres se reconnaissent, se rassemblent quand ils le peuvent, vivent cachés sans se perdre et s’apportent toujours un soutien mutuel… Le livre d’Armand Laferrère et Moshe Sebbag est bienvenu. Il apporte en grande partie la réponse attendue… Il peut surtout dissiper les malentendus et l’ignorance qui sont à la base de toute forme d’antisémitisme (bégnine ou mortelle).

Peut- être les juifs devraient-ils parler d’eux-mêmes d’avantage ? Leur foi autant que leur mode de vie ne sont pas très lisibles. Mais ceux qui ont une autre religion parlent-ils, savent-ils même qui ils sont ?  La religion est un domaine considéré généralement comme privé ou comme acquis si l’on est entre soi…. Rares sont ceux, adeptes d’une des trois religions du Livre, qui s’efforcent à une connaissance réciproque… Et pourtant? N’est-il pas raisonnable de se comprendre ?

Les lignes ci-dessous cherchant à résumer l’essentiel du judaïsme, risquent d‘être bien imparfaites. Mais se veulent intelligibles. On dira donc, à la lecture de « L’éternité Juive » que depuis plus de trois millénaires le judaïsme rassemble un peuple différent des autres. Selon 7 critères…  Enoncer le nombre 7, c’est déjà entrer dans le sujet !

Chaque fidèle a la détermination de revenir un jour sur la terre de ses très lointains ancêtres. Là où Dieu a « distingué » son peuple, là où la présence des juifs est déjà actée seize siècles avant notre ère parmi d’autres peuples, sous d’autres pouvoirs. Terre promise où il participera d’une société dont l’organisation rayonnera, hiérarchisée mais exemplaire dans la séparation des pouvoirs et le respect de l’individu, sur le reste du monde…

Il ne lui est jamais demandé de profession de foi, mais par contre le respect de règles de vie auxquelles lui et son peuple sont soumis strictement, quel que soit l’environnement où ils se trouvent. Les membres de la « famille » sont là pour l’empêcher de contrevenir. C’est l’orthopraxie : l’homogénéité des pratiques.

L’étude est un impératif sacré ; celle des textes étant suffisamment difficile (et dispensée dans une langue éternelle commune aux juifs à toutes les époques) pour stimuler l’esprit qui abordera ensuite d’autres savoirs. L’école (yeshivah), en général dirigée par un rabbin, enseigne à écrire en rachi.  Même en Israël de nos jours, la pratique d’une ou plusieurs autres langues véhiculaires est nécessaire.

L’attachement au travail qui permet à la terre de nourrir les hommes est lié à celui du repos, car travailler sans repos est un esclavage ; le calme du 7° jour favorise la vie spirituelle, le recueillement, l’enseignement et le dialogue. Ce comportement relie la famille et le silence rapproche de Dieu…

La transmission de la religion se fait par la mère ; on ne peut donc usurper l’appartenance au peuple juif. La Bible donne à toutes les femmes ce rôle essentiel, mais aussi leur demande d’utiliser la séduction et la ruse et d’influencer le destin de la communauté. Avisées autant que patientes, elles sont désignées pour séduire (un roi, un personnage hostile) et changer brillamment le cours de l’histoire !

De ce fait le judaïsme ne fait pas de prosélytisme : on ne peut soumettre les âmes à sa croyance et conquérir inlassablement d’autres frontières. Comme rendre juif par la persuasion ou la force quelqu’un dont la mère ne descend pas de ceux qui ont été élus?

Le principe républicain d’égalité, d’origine chrétienne, n’est pas de rigueur. La richesse est non seulement admise mais une récompense divine à un mérite. Certes il ne faut pas être riche et cupide, mais les devoirs de partage sont réduits au frère qu’on ne doit pas laisser en esclavage, à des gestes d’aumône (tsedaka- il y a en a 8 types selon les circonstances). Le « partage » des biens se fait plutôt avec Dieu sous forme d’offrandes, dans un lieu consacré du Temple.

Après ce sommaire portrait, revenons aux auteurs qui racontent.

 Le destin des juifs.

Ils ont donc vécu parmi d’autres peuples avec une identité forte, conscients d’être accompagnés par l’Eternel, instruits de leur identité. Ils ont connu un long esclavage sans désespérer. Aidés au retour en Palestine par l’intervention divine, ils y vivent ces aventures extraordinaires que nous savons, où la transmission de leur monde, de génération en génération n’a jamais failli. C’est l’ère la plus connue de leur histoire, appelée par les chrétiens l’Ancien Testament. Quand il s’appellera le Nouveau Testament, il n’appartient plus au Judaïsme.  Dans l’époque moderne ils ont connu des persécutions qui ont fait des victimes nombreuses et exigé des conversions. Sans abjurer la foi et conservant dans le secret tous les signes de leur identité. La protection divine ne peut faillir : Il a choisi son peuple.

L’éthique et la Foi

Une grande place dans la religion est donnée au Temple : lieu construit pour honorer Dieu, remplacé faute de mieux par chacune des synagogues « reliées à Jérusalem par la force de la foi ». Multipliées partout dans le monde : les traditions y sont solidement maintenues. Le premier Temple, construit sous le règne de Salomon au VI° siècle Av JC, en 576, fut détruit. On en donne pour raison qu’il fut construit par des forçats auquel le repos n’était pas accordé. Donc ne fut pas solide… Pour célébrer Dieu, le temple contient en son centre le Saint des Saints où nul ne peut entrer ; là se font les sacrifices, héritage de traditions païennes. L’odeur de la chair brulée s’élève comme pour transporter la soumission ses croyants ; la mort de l’animal sur l’autel les avertit de la fragilité de la vie. Brutalité ou métaphysique ? On ne sait car les textes sont surabondants et le sens des mots parfois élastique rend difficile une traduction claire. Une chose est certaine : le sacrifice peut être un acte de repentance, un geste de concorde, un remerciement, une demande: le rabbin qui a étudié sait passer du familier au sacré et saura répondre à toutes les questions… Le deuxième temple construit eut une belle longévité, il fut détruit par Hérode en 70 de notre ère. Ces destructions sont gravées dans les mémoires…

« La spiritualité juive prend ses sources ailleurs que dans le monde terre à terre, agité, difficile où nous nous trouvons ». Mais le foisonnement du sens des mots permet des interprétations variées…textes sont surabondants et le sens des mots parfois élastique rend difficile une traduction claire. Une chose est certaine : le sacrifice peut être un acte de repentance, un geste de concorde, un remerciement, une demande: le rabbin qui a étudié sait passer du familier au sacré et saura répondre à toutes les questions… Le deuxième temple construit eut une belle longévité, il fut détruit par Hérode en 70 de notre ère. Ces destructions sont gravées dans les mémoires…

La vie après la mort

Si le deuil est codifié, pour le défunt le départ est définitif. Une vie dans l’au-delà ? C’est une question qui n’est ni posée, ni résolue. Le croyant reçoit des châtiments divins dans ce monde, rien n’est remis à plus tard…L’éternité n’est pas celle de l’homme mais celle de la famille et de la communauté (donc une descendance est indispensable, et si elle est nombreuse c’est une bénédiction). On peut sans doute être puni à travers des calamités pour ses descendants, mais pour un outrage vraiment sérieux.

Après ce rapide tableau, il faudrait citer l’immense apport culturel des juifs aux mondes où ils ont vécu. Tous les pays, tous les siècles, tous les domaines intellectuels ont été nourris de penseurs et de maîtres juifs… En conclusion, ce livre enjoint surtout de bien se connaitre pour durer. Notre vie spirituelle délitée, notre agitation aveugle ne semblent pas y conduire: elles nous mettent en danger !           

Armand Laferrère, Moshe Sebbag, L’Éternité des juifs, Odile Jacob.

Plus de publications

Articles liés

Réponses