Le Pont

La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie. – Hannah Arendt

Effervescences populaires

Emile H. Malet

Sans nul doute, ce mois d’octobre 2026 fera date dans le calendrier historique de la France. Pas seulement à cause du 17 octobre, où notre pays fut le théâtre d’une violence urbaine inouïe avec le saccage de centaines de commerces, d’édifices publics fortement endommagés — dont la destruction de la mairie de Limoges et de salles de classe — et de nombreuses personnes blessées : lycéens, policiers, enseignants… piétons. Mais ce 17 octobre n’est que la cristallisation d’un malaise profond de la société française qui agglomère une kyrielle de mécontentements et de dysfonctionnements politiques, économiques, sociaux, culturels, identitaires et institutionnels.

Nous allons tenter de voir clair dans cet imbroglio socio-politique qui sent la poudre révolutionnaire par la polarisation conflictuelle entre les acteurs concernés et un pouvoir exécutif usé jusqu’à la corde par une absence de prise, sinon de maîtrise des évènements et des situations qui placent la Nation en mauvaise posture — tant sur le plan intérieur qu’à l’international au regard de nos piètres performances économiques.

Bien sûr, l’actuel hôte de l’Elysée est en fin de course et le macronisme — si ce vocable fait encore sens politique — avec lui. Mais l’inquiétude va au-delà, parce que la transition politique et institutionnelle, telle qu’elle est programmée par les sondages n’est ni consensuelle, ni prometteuse d’un sursaut et d’une espérance. Le dégagisme a ses limites, quand ce qui pourrait advenir prend les couleurs rugueuses d’un affrontement entre l’extrémisme post-républicain de Jean-Luc Mélenchon et ses troupes caporalisées de LFI et un Rassemblement National qui promet une renaissance sur la foi de propositions abstraites et d’une inexpérience gouvernementale. L’attractivité populaire vers les extrêmes est directement la conséquence des échecs de la décennie politique écoulée qui se chiffre par un catalogue abyssal de déconvenues : une dette égale à 120% du PNB et qui se rembourse au prix fort de 5% d’intérêt ; les déficits chroniques de la balance commerciale ; un chômage qui remonte à son niveau élevé, n’épargnant ni les juniors, ni les séniors ; une désindustrialisation stagnante ; le retour de l’inflation ; une école en déshérence éducative ; un système de santé à bout de souffle ; une justice privée de moyens pour répondre à une répression poussive ; une politique extérieure erratique et — sauf sur l’Europe — dénuée de résultats tangibles. Dès lors comment s’étonner que les manifestations de rue font se rejoindre des acteurs aussi distincts que les pompiers et les agriculteurs, les lycéens et les chômeurs, les smicards et les personnels soignants. A côté de cette grogne sociale, vient s’ajouter des milliers et des dizaines de milliers de casseurs professionnels ou occasionnels, qui n’ayant rien ou si peu à perdre brûlent et pillent, sèment la violence et bordélisent le climat ambiant. Il est sûr que cette atmosphère insurrectionnelle doit être réprimée aussi fermement qu’en respectant les canons de l’État de droit et en préservant les vies humaines. Nos forces de police font le boulot du mieux qu’elles peuvent, à l’exception d’une infime quantité de bavures, mais elles sont de plus en plus confrontées à des hordes de voyous qui prétendent exercer — avec la bénédiction de l’ultra-gauche et de LFI — une alternative légitime à l’expression régalienne de la violence.

Au regard de la décrépitude socio-politique, se pose la question d’une restauration républicaine de l’autorité. Cela ne se décrète pas et ce sera l’un des enjeux capitaux des prochaines élections, présidentielles et législatives. Mais pour l’heure et nonobstant l’état exsangue de nos finances, l’exécutif politique doit s’atteler à répondre à quelques revendications qui ont trait au délabrement de l’école et à la situation précaire de l’éducation et à la vétusté d’autres services publics. Du fait des guerres en Europe et au Moyen-Orient, des mesures d’urgence doivent venir améliorer le pouvoir d’achat des citoyens les plus défavorisés. Pour le reste, c’est-à-dire l’essentiel, il restera aux nouvelles autorités politiques qui sortiront des urnes du printemps prochain à réparer en profondeur une France perclus de fractures sociales, économiques, éducatives, populistes, identitaires, politiques… Bref, la maison France est obscurcie par une crise de civilisation qui ne cesse d’étendre ses tentacules destructeurs et pourrait nous reléguer loin en arrière. A moins de rompre avec ce cycle décennal d’immobilisme politique, de marginaliser les pensées extrémistes et une insoumission de violence et d’incivilité et de retrouver un élan gaulliste de patriotisme et d’action pour enrayer une spirale décliniste et populacière.

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Journaliste, directeur de la Revue Passages et de l’Association ADAPes, animateur de l’émission « Ces idées qui gouvernent le monde » sur LCP, président de Le Pont des Idées

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