La vérité sur les émissions mondiales de CO2

De plus en plus, les émissions de CO2 sont à l’Est et les manifestations à l’Ouest

Le réchauffement climatique est avéré et ses conséquences sont significatives. Partant de ce constat, une propagande intense instille trois idées clés : 1/ C’est la responsabilité de l’Europe de résoudre le problème car l’Europe est la source principale de pollution ; 2/ La classe politique européenne ne fait rien et il faut mettre les Verts au pouvoir en urgence absolue pour sauver l’humanité, la population européenne devant accepter, de gré ou de force, une décroissance accélérée. 3/ C’est en France que la situation est la pire et il faut détruire le système productif et les centrales nucléaires pour progresser rapidement.

Or il apparaît que ces trois affirmations sont monstrueusement fausses !

Le développement conjoint du marxisme vert – (vert à l’extérieur et rouge à l’intérieur) –, et du wokisme ne permet plus de regarder les choses en face. C’est néanmoins ce que j’entreprends ici.

Le tableau joint montre la répartition géographique des émissions de CO2 dans le monde en 2018 et sa répartition probable en 2030 selon deux scénarios. Dans S1, nous supposons qu’un effort minimal est mis en œuvre par les principaux pollueurs mondiaux, à la suite des engagements pris lors de la COP26 de novembre 2021 à Glasgow, et que les émissions mondiales n’augmentent que de 10% de 2018 à 2030. Dans S2, les principales tendances actuelles continuent et les émissions mondiales de CO2 augmentent de 25% de 2018 à 2030.

Compte tenu des tendances d’émission de CO2 observées sur les dix dernières années et des engagements effectivement pris et mis en œuvre par les États, il apparaît que, dans le scénario S1 le plus favorable pour le climat, la part de l’Union européenne à 27 dans les émissions mondiales de CO2 devrait passer de 8,1% en 2018 à 6% en 2030. Celle de la France passerait de 0,9% en 2018 à 0,6% des émissions mondiales en 2030 pour un PIB français représentant 3% de la production mondiale, ce qui démontre l’extrême efficacité et rigueur environnementale du secteur productif français.

Cette réduction massive de la part européenne dans les émissions mondiales résulte de toutes les dispositions prises par les gouvernements européens, depuis un quart de siècle, visant à améliorer l’efficacité climatique de la construction et des transports. L’instrumentalisation de la jeunesse européenne contre les seuls gouvernements ayant réellement agi contre le réchauffement climatique est grotesque. De plus en plus, les émissions de CO2 sont à l’Est et les manifestations à l’Ouest – écho de la crise des missiles en 1982 -.

À l’inverse de l’Europe, la part de la pollution émise par l’Asie et l’Afrique et Moyen-Orient passerait de 58,6% des émissions mondiales de CO2 en 2018 à 65% en 2030.

Dans le scénario S2 le moins favorable pour le climat, la part de l’Union européenne dans la pollution mondiale tombe à 5% en 2030 et celle de la France à 0,5% des émissions mondiales de CO2 en 2030 ! À l’inverse, la part de la pollution mondiale émise par l’Asie et l’Afrique et Moyen-Orient grimpe à 68,5%, voire dans un scénario plus pessimiste à 70% de la pollution mondiale en 2030 !

Tableau : Répartition géographique des émissions de C02 dans le monde

                                                           En % des émissions mondiales

                                               2018    S1 en 2030      S2 en 2030

Amérique du Nord                 16,8             14                             12,5

Amérique centrale et du Sud   3,5               3                               2,5

Europe et ex-URSS                16,5             14,2              12,5

Dont UE 27                             8,1               6,3                    5

Dont France                            0,9                0,7                    0,6

Afrique et Moyen-Orient       10,8             11,8                11,5

Asie                                        47,8             53                             57

Dont Chine                            29,7             31                             33

Océanie et soutes (*)                4,6               4                              4

——-        ——–                     ——–

Total                           100           100                           100

Source: EDGAR – ‘Emissions Database for Global Atmospheric Research, 2019’ pour 2018.

(*) Soutes aériennes et maritimes internationales

Ces chiffres essentiels sont soigneusement cachés pour ‘casser le moral’ de la population européenne en lui faisant croire qu’elle est la source principale de la pollution mondiale et qu’elle doit accepter, y compris par la contrainte, de réduire non seulement ses émissions de CO2 mais aussi et surtout sa consommation d’énergie afin d’accélérer sa décroissance. Une punition inutile infligée à une Europe qui par la révolution scientifique et politique des XVIIIe et XIXe siècles a ‘inventé’ la croissance économique qui a permis le triplement de l’espérance de vie au cours des deux derniers siècles.

Pour preuve de cette volonté de rabaisser la France dans ce domaine comme dans d’autres, les scénarios de RTE, publiés en octobre 2021, pour envisager la ‘décarbonation’ de la France, qui est pourtant le grand pays de plus de 50 millions d’habitants le plus vertueux du monde en termes d’environnement, sont construits sur une baisse de la consommation d’énergie de plus de 40% d’ici 2050 afin d’enclencher la décroissance de la production française et la baisse du niveau de vie de la population la plus vertueuse !

Encore plus insupportable est le fait que lorsque les Verts sont au pouvoir, comme Cécile Duflot ministre du Logement en 2012-2014, ils n’enclenchent pas une politique massive d’isolation des logements qui permettrait de réduire les émissions de C02 de 20% en 20 ans, sans régression du niveau de vie, par la création d’une filière entière de réhabilitation du parc de logements qui pourrait créer de 300 000 à 350 000 emplois pérennes non délocalisables. Car les Verts français, à la différence des Verts allemands, n’ambitionnent pas de favoriser l’essor d’une France prospère et toujours plus vertueuse en matière environnementale, mais ont le projet inavoué de la mettre à genoux.

Christian Saint-Etienne est professeur émérite – Chaire d’économie industrielle au Conservatoire National des Arts et Métiers. Dernier livre : Le libéralisme stratège aux Editions Odile Jacob 2020.

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Économiste, professeur honoraire au CNAM.

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